Essai Pro Marine Manta 610

Un sérieux "client"

Les quelques semi-rigides qui occupent le segment de marché du 6-mètres polyvalent n'ont qu'à bien se tenir, car le petit dernier de chez Pro Marine est un sérieux client. Tenue à la mer, habitabilité, options bien ciblées, construction soignée… Pour autant, la copie n'est pas parfaite…

Texte et photos Philippe Leblond


 27 600 € sans moteur (tarif 2016)
 6.1 m
 14
 39,9 nds avec Suzuki 140 ch 4T
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Paru dans le Pneumag n° 97 Septembre/Octobre 2013



Affiché 29 700 € dans sa version "pack confort", le Manta 610 n'est pas donné. Mais, à bien y regarder, on découvre un semi-rigide plutôt haut de gamme, que ce soit par le sérieux apporté à sa construction, ou la qualité des équipements retenus. En outre, le chantier d'Auray, qui travaille avec Suzuki, propose ce bateau, tel qu'essayé ici (à l'exception du roll-bar ajouté par son propriétaire), au prix package de 42 500 € avec le Suzuki DF140. Pour ce qui est du pack confort, il comporte l'échelle de bain, la banquette arrière trois places, le leaning-post biplace, la console de pilotage et une spacieuse baille à mouillage. Il est néanmoins possible de s'offrir quelques options supplémentaires, telles que bimini, rack à bouteilles, roll-bar, davier polyester, réservoir 200 litres… Il est même possible de commander au chantier – les pêcheurs apprécieront – un vivier à circulation d'eau de mer (85 x 90 x 36 cm). Autre option, mais d'ordre esthétique celle-ci, le "pack couleur", qui autorise l'acquéreur à commander un gel-coat, une sellerie et des flotteurs dans des teintes à son goût. Bien vue à l'heure de la personnalisation à outrance… Pour ce qui est de notre bateau d'essai, il apparaît dans sa livrée de base, les parements turquoise rehaussant une dominante anthracite qui tranche avec le gris pâle du polyester (coque et pont). Sa silhouette est bien équilibrée, avec une étrave conquérante, à l'image de celles de ses frères aînés. Le nez évasé procure une surface de pont importante dans la partie avant. Le gel-coat brillant et régulier contraste avec l'apparence texturée du tissu Orca "Fabric Impression" des flotteurs. Il s'agit ici du 1 100 décitex, le 1670 étant réservé aux Manta 680 et 795. Malgré le diamètre imposant des tubes, la surface de pont demeure importante, et la circulation à bord se fait sans encombres. Des petites plates-formes arrière, moulées de part et d'autre du bac moteur, jusqu'au guide de mouillage, en passant par des passavants corrects, le long de la console et du leaning-post, pourtant un vrai biplace. Bien placé par rapport à la console, il laisse à ses occupants l'espace nécessaire pour prendre de bons appuis au sol, en vue des runs agités. Précisons que la console, dont la face avant s'ouvre en grand, peut recevoir un WC. Par contre, pas de solarium parmi les options, mais la banquette arrière peut se déployer et faire office de. L'assise de cette dernière est aussi relevable afin de libérer de l'espace en action de pêche. L'usage déraisonné du trim n'y a rien fait : nous avons buté sur la barrière symbolique des 40 nœuds. Mais, il ne fait pas de doute que sans son antifouling, cette carène dépasserait ce chiffre (42 à 43 nœuds selon nos estimations). Voilà qui serait plus conforme au potentiel de ce Pro Marine sur lequel on peut aussi monter 150 chevaux, à l'exemple du Suzuki DF150, nettement plus coupleux que son aîné de 140 ch (2 867 cm3 contre 2 044 !) et espérer taquiner les 45 nœuds. Reste que l'on se trouve face à un léger dilemme en termes de performance. Certes, le DF140 a pour lui sa sveltesse (186 kg seulement), mais à l'usage il risque de s'avérer juste suffisant dans le cas ou le Manta naviguera en charge (équipage nombreux, équipement de plongée, etc.). Que reste-t-il comme marge de puissance ? 10 chevaux, si l'on s'en tient à l'actuelle homologation. C'est mince. Il est certain que le DF150 fera mieux, notamment en accélération, mais ajoutera 25 kg de plus sur le tableau arrière et une bonne louche de couple supplémentaire. Or le Manta 610 nous est apparu assez sensible au couple de renversement produit par l'hélice du DF140, montrant un léger déséquilibre sur bâbord à la réception des sauts de vague. Un peu de trim positif permettait de le redresser sur sa quille, mais par mer et vent fort de face, on n'est pas toujours en situation d'adopter ce réglage… Cela dit, le Manta 610 se montre costaud dans la vague et donne un réel sentiment de sécurité à son équipage, même en mode sportif. En virage, son comportement est sain et efficace : gîte intérieure marquée et constante, grip indéfectible, guidage précis. C'est en sortie qu'on éprouve le manque de pêche du DF140, qui selon nous doit être considéré comme la puissance plancher pour ce semi-rigide. Concernant l'autonomie, nous conseillons fortement l'option réservoir 200 litres.



photo Pro Marine Manta 610


photo Pro Marine Manta 610


photo Pro Marine Manta 610


Conforme au pragmatisme de ses grands frères, le Manta 610 fait preuve d'une belle fonctionnalité, grâce à un plan de pont bien balancé et à des équipements bien choisis. L'utilisation dominante étant la pêche ou la plongée, on appréciera tout de même son caractère polyvalent, illustré ici par sa banquette arrière amovible et sa capacité de rangement, notamment dans la console qui propose une large ouverture frontale.




Avec son étrave bien défendue, qui induit une forme de flotteur chaloupée, le Manta 610 témoigne de son caractère hauturier. Marin et robuste, il ne devrait pas craindre les sorties en mer agitée. Par contre, le Suzuki 140 ch de notre essai est un peu juste pour un bateau de cette trempe. Le DF150 nous semble s'imposer, surtout si le bateau navigue chargé.




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