Essai Noah 26

Une certaine prestance

Ce beau semi-rigide sicilien accroche le regard. Il se met aussi en évidence par ses performances supérieures à la moyenne. Mais, cette nouvelle version hors-bord ne s'est pas pour autant affranchie de sa devancière in-board, ce qui aboutit à un agencement de pont quelque peu… hybride.

Texte et photos Philippe Leblond


 59 400 € sans moteur (tarif 2016)
 7.46 m
 18
 48,5 nds avec Suzuki 250 ch 4T
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Essai paru le 24/06/2016



Elégant et très actuel par son esthétique, sans se départir d'un certain classicisme, le Noah 26 séduit dès le premier regard. Si la qualité perçue est avantageuse, un examen détaillé révèlera quelques petits défauts de jeunesse qu'il conviendra d'améliorer, considérant son tarif plutôt élevé dans ce segment du semi-rigide de 7 à 8 mètres équipé confort. Voyons plutôt ce que l'on constate une fois à bord…

*Au ponton*
Dans la jeune gamme du chantier de Palerme, le 26 occupe une place centrale, entre les 55 (5,50 m) et 23 d'une part et les 29 et 36 de l'autre, ce dernier étant le seul semi-rigide à cabine de cette flotte. En accédant à bord par la poupe, on remarque immédiatement que le moteur est fixé sur un bracket inox, le déportant de près d'un demi mètre en arrière. Nous verrons plus loin l'effet de cette chaise moteur sur le dynamisme et les performances… En attendant, elle a permis de proposer une plate-forme de bain spacieuse et d'un seul tenant. Cette dernière, recouverte de teck synthétique (le cockpit aussi), intègre une échelle télescopique. Bon point pour le Noah 26, cette plage de bain, l'échelle et la douchette font partie de la dotation de série. Autre singularité qui retient l'attention, le grand solarium arrière (157 x 193 cm) permanent qui empiète largement sur la surface de pont et explique le placement avancé du poste de pilotage, ce qui permet un recentrage des masses, compte tenu que le moteur est reculé au-delà de l'extrémité des flotteurs. Ce bain de soleil permanent, avec appui-tête, couvrant une gigantesque cale, s'explique par l'existence préalable d'une version 26 EFB à propulsion in-board. Cette cale n'ayant plus à abriter le moteur, elle offre un énorme volume de rangement. Et son plancher isole le matériel à stocker du fond de coque… Mais cette présence encombrante, prive le 26 hors-bord d'une possible banquette en U à même de composer une confortable dînette. Le chantier sicilien propose toutefois une tablette pour le pique-nique, au dos du leaning-post. Ce dernier fait office de kitchenette avec des options telles qu'un évier, un réchaud et un frigo "tiroir".

Afin de laisser des passavants d'une largeur décente, le poste de pilotage possède des dimensions compactes. De fait, l'assise du leaning-post est pas totalement biplace. Et malgré la demie assise relevable, un barreur de haute stature se sentira à l'étroit derrière cette petite console aux commandes implantées bas et au court pare-brise bas qui ne protège quasiment pas du flux d'air. Par chance, le tableau de bord est plutôt bien agencé avec un compas (de série) dans l'axe du vue du pilote, une boîte à gants, une poignée bien placée pour le copilote, et la possibilité d'encastrer sans mal un combiné GPS-sondeur (le GPSmap 721xs de Garmin sur notre bateau d'essai) et l'afficheur Suzuki. Cette console ne comporte pas de siège sur sa face avant qui s'ouvre pour donner accès à du rangement ou, en option, à un WC. Le socle polyester qui couvre toute la partie avant du bateau est composé d'un grand et profond coffre laissant apparaître de solides renforts de coque, et un puits de mouillage hébergeant un guindeau électrique dépourvu de télécommande. L'ancre étant à poste dans l'écubier d'étrave, le petit massif de proue en polyester ne comporte donc pas de davier. Il est simplement doté de deux taquets rétractables, un peu "légers" au regard du gabarit du Noah 26.

Parmi les quelques options qui s'imposent, mentionnons le cabriolet (1 488 €), le réfrigérateur (1 200 €), l'ouverture de la cale arrière par vérin électrique (1 176 €) et au rang des équipements qui ajoutent un peu de peps à l'atmosphère du bord, le revêtement de pont en teck synthétique (1 560 €), l'évier et le réchaud (600 €), le WC sous console (864 €), l'éclairage de courtoisie (588 €), les spots sous-marins (600 €), la stéréo qualité marine (768 €)…

*En mer*
Ce qui frappe en premier lieu à la lecture des mesures effectuées, c'est la vélocité du Noah 26. Malgré un poids loin d'être anecdotique (près de deux tonnes en ordre de marche,) il s'est montré capable d'approcher les 50 nœuds. Et ce, avec un 250 ch. Ce qui laisse présager qu'il passerait cette marque symbolique si l'on installait la puissance maxi, soit 300 ch… Pour un semi-rigide confort/famille, c'est une performance nettement au-dessus de la moyenne. Oui, mais le Noah 26 possède un accessoire qui lui confère un petit coup de pouce dans ce domaine : une chaise-moteur. Ce support en inox permet d'éloigner l'hélice du flux perturbé à l'aplomb du tableau arrière et d'adopter un montage plus élevé pour diminuer la traînée hydrodynamique de l'embase. Le Noah va en tirer profit en ligne droite. Mais comme le moteur se trouve un peu "perché", la motricité perd en efficacité, comme nous avons pu le déplorer lorsqu'on accélère franchement, que ce soit en sortie de virage, ou même au démarrage… Ce bracket (l'autre terme pour désigner une chaise moteur) est connu pour apporter un surcroît de vitesse, mais change quelque peu la donne pour ce qui est du réglage de trim. Il convient de ne pas trimer autant en positif qu'en présence d'un montage classique, sous peine de perdre de la motricité. Ce bonus de vitesse, s'il n'est pas l'argument décisif pour les clients de ce genre de semi-rigide présente quand même l'avantage d'augmenter les rendements sur toute la plage de régimes, une fois déjaugé. La fonction débitmètre n'étant pas activée sur notre Suzuki d'essai, nous n'avons pas pu sortir les ratios, mais il ne fait pas de doute qu'ils sont excellents. Ce qui, aux allures de croisière que nous avons arbitrairement retenus (22,4 nds à 3 500 tr/min et 34,2 nds à 4 500 tr/min), sera l'assurance d'une autonomie optimale. Tant mieux, cela compensera en partie, la capacité relativement modeste du réservoir.

A côté de ces performances dignes d'éloges, le comportement du Noah 26 est sain et met rapidement le barreur en confiance. Les sensations au volant sont plaisantes, et l'équilibre de la carène satisfaisant – malgré la chaise – comme nous avons pu le constater en sautant un gros sillage. Bien que dotée d'un V évolutif, le Noah 26 passe confortablement dans le petit clapot, même à vitesse élevée. En raison de la ventilation de l'hélice, nous n'avons pas pu tester à fond la tenue en virage, mais ce que nous en avons vu est très prometteur, avec une gîte intérieure marquée et régulière, des trajectoires précises et un bon grip, mais pas excessif, semble-t-il. Par contre, la console et son petit pare-brise ne protègent pas grand monde…

Joliment dessiné, ce milieu de gamme du chantier italien se signale par des performances de premier ordre, sans même avoir recours à la puissance maxi autorisée. Le plan de pont, s'il présente quelques points forts, comme la surface de bain de soleil ou le rangement, n'est pas encore abouti (manque de places assises, pas de vrai carré, poste de pilotage perfectible). Certes, le Noah 26 possède un charme indéniable, mais son prix, pour une marque dont la notoriété doit encore s'affirmer, s'avère plutôt élevé.



photo Noah 26


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