Essai Thor 6.8

Des débuts prometteurs

Thor est une nouvelle marque de semi-rigides venant du sud de l’Italie. Son premier modèle est passé entre nos mains, montrant un plan de pont bien étudié pour un équipage élargi, et de belles aptitudes marines. Seules les performances sont un peu « en-dedans ». Il est toutefois possible d’ajouter 50 chevaux…

Texte et photos Philippe Leblond


 32 520 € sans moteur
 6.98 m
 14
 35,9 nds avec Mercury 150 ch 4T

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Essai paru le 15/12/2017

Fiche technique

Longueur 6,98 m
Largeur 2,8 m
Diam. maxi des flotteurs 55 cm
Nbre de compartiments 6
Puissance maxi 200 ch (147,2 kW)
Puissance conseillée par Pneumag 175-200 ch
Poids sans moteur 750 kg
Rapport poids/puissance 6,1 kg/ch (avec le moteur de l’essai)
Nombre de personnes 14
Couchage 0
Charge utile 0 kg
Matériau flotteurs CR/CSM Orca 1 300 g
Capacité carburant 190 l l
Catégorie CE C
Constructeur Prua Al Vento (Italie)
Importateur Bi Marine (20 - Biguglia)
Droits annuels sur la coque exempté
Droits annuels sur le(s) moteur(s) exempté



Cette marque, qui a été présentée au Nautic de Paris 2016, est maintenant importée par l’entreprise corse Bi Marine, située près de Bastia. Elle ne comporte pour l’heure que ce seul modèle, mais le second, un 7,80 m, est déjà bien avancé. Et elle projette aussi un 6 mètres. En attendant ses deux prochains modèles, le chantier calabrais, Prua Al Vento (« proue au vent », dans notre langue) témoigne avec ce premier semi-rigide d’un savoir-faire certain. Pas de surprise en termes de conception, avec un agencement de pont somme toute classique, mais un ensemble bien maîtrisé, avec une gestion intelligente des espaces, ou le confort ne l’emporte pas sur la fonctionnalité. Embarquons pour mieux faire connaissance avec ce bateau provenant de l’extrême sud de la botte italienne…  



Au ponton



Bien dans la tradition de l’école transalpine, ce semi-rigide mise avant tout sur le confort, dans l’optique de sorties en famille ou avec des amis. Son cockpit typé « Méditerranée » offre bon nombre de places assises (deux ou trois sur la banquette arrière, deux au pilotage et une de plus sur l’avant de la console), un solarium spacieux à l’avant, nettement moins généreux à l’arrière (banquette avec dossier rabattu vers l’avant), des coffres généreux (la soute arrière avec plancher isolant les affaires du fond de coque, celui de l’avant, très profond, sans oublier ceux des console et leaning-post) et un espace baignade comportant deux spacieuses plates-formes. Ce dernier est aisément accessible grâce au large passage laissé par la banquette à bâbord. On notera avec satisfaction l’échelle télescopique intégrée, par souci d’esthétique et de sécurité (pas de risque pour les pieds !) et la douchette à portée de main. Ceci nous amène à constater que tout ce confort embarqué servant à rendre agréable la navigation, mais surtout le temps passé au mouillage, ne pénalise par les déplacements sur le pont. En effet, le poste de pilotage, pourtant biplace, laisse deux larges passavants pour se rendre sur le grand solarium de la proue, ou mouiller l’ancre, à poste sur la delphinière. L’antidérapant est constitué d’une pointe de diamant « gros grain », efficace et plus facile à nettoyer que celle plus fine qu’on trouve sur la plupart des bateaux. Toujours concernant le confort au mouillage, Prua Al Vento propose quelques options qui peuvent encore « améliorer l’ordinaire » : un guindeau électrique (le davier basculant est de série), un cabriolet sur roll-bar inox et un bloc-cuisine pouvant recevoir, outre l’évier standard, un réchaud et un petit frigo. Pour ce qui est de la table de pique-nique, située à l’avant, elle fait partie de la dotation de série et sert d’extension au bain de soleil qui vient ainsi jusqu’au siège de console.



L’accastillage de base est bien dimensionné et solidement fixé à l’image des taquets (deux à l’avant, deux à l’arrière), du roll-bar inox, de l’échelle de bain télescopique, ou des mains courantes du leaning-post et de la console, ces dernières permettant à des passagers de bien se tenir en navigation, debout derrière le siège de pilotage, ou de part et d’autre, assis sur les flotteurs. Seul le pare-brise nous semble quelque peu fragile. Ce qui n’est pas le cas du gros œuvre, avec une coque rigidifiée par de solides varangues, telles qu’on peut les apercevoir au fond des coffres. La finition générale s’avère soignée, hormis quelques vis apparentes et une sellerie un peu mince…



En mer



C’est dans le Golfe de Saint-Florent que nous avons pu mettre le Thor 6.8 à l’épreuve. En préambule à l’essai Claudio Guarascio, président du chantier Prua Al Vento qui, à la base, fabrique des day-boats rigides, a tenu à préciser : « Nos carènes de semi-rigides ne viennent pas, comme c’est le cas chez certains constructeurs, de nos bateaux rigides. Elles leur sont spécifiques, pour la simple et bonne raison que le centre de gravité d’un semi-rigide est placé plus bas. » Ceci étant posé, nous allons voir sans plus tarder quel type de comportement adopte le nouveau venu. Dans une mer un peu agitée (clapot de 60 à 70 cm), entretenue par une brise de trois beauforts, le Thor taille sa route en préservant bien le confort des passagers. Son poids relativement élevé est en la matière un précieux allié, de même que la carène qui se montre efficace. Celle-ci s’aère facilement, rendant le pilotage vivant, sans qu’il soit nécessaire de mettre beaucoup de trim positif pour atteindre le régime maxi. Il convient d’ailleurs de retoucher le réglage au gré des changements d’allure, car lorsqu’on réduit les gaz après un coup de plein régime, le Thor a tendance à marsouiner. Il faut alors rentrer un peu le trim pour faire cesser ce mouvement de pompage parasite, un phénomène qui se produit surtout avec la mer de face. Hormis ce « nez » un peu léger (mais qui pourrait l’être encore davantage avec un moteur plus lourd), le comportement du Thor n’appelle pas de critique. Il est agréable à piloter, et en virages pris avec du gaz, il assure parfaitement se montrant agile et précis, ressortant avec facilité des trajectoires grâce à la bonne motricité de l’EFI pourtant monté haut (plaque anti-cavitation 10 cm au-dessus de la ligne de quille).



Pour ce qui est des performances, disons d’emblée que nous avons été un peu déçus par la vitesse de pointe : 35,9 nœuds. A la décharge du semi-rigide italien, un plan d’eau peu favorable à la recherche d’une vitesse maxi et une température ambiante élevé (30° à l’ombre), pas idéale pour la fraîcheur du flux d’air d’admission… Si avec sa belle cylindrée (3 000 cm3 !), le Mercury 150 EFI pousse fort jusqu’à 20 nœuds et au-delà, il est un peu court plein gaz, malgré un montage haut plutôt favorable à la vitesse et une hélice qui lui permet de prendre les 6 000 tr/min « réglementaires ». Il est vrai que le bateau est assez lourd, et pour un équipage de type familial, il sera préférable d’opter pour la puissance maxi : 200 ch. Ne serait-ce que pour maintenir les rendements à un niveau intéressant, car avec 20,3 nœuds à 3 500 tr/min (généralement le régime le plus économique), la vitesse est un peu inférieure aux standards pour une puissance de 150 ch.       



photo Thor 6.8


photo Thor 6.8


photo Thor 6.8


photo Thor 6.8


photo Thor 6.8


photo Thor 6.8


photo Thor 6.8


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photo Thor 6.8





On aime bien

Le confort dans le clapot

Le pilotage plaisant et le comportement sain

La position de pilotage bien étudiée

La facilité de circulation sur le pont

Le cockpit au format familial

On aime moins

La V-max modeste pour 150 ch

La sellerie mince et ferme

Les vide-vite en plastique

La fixation du pare-brise fragile


PERFORMANCES
Vitesse maxi 35,9 nds à 6 000 str/min
Vitesse de croisière rapide 27,4 nds à 4 500 tr/min
Vitesse de croisière economique 20,3 nds à 3 500 tr/min
Temps de jaugeage 4,0 secondes
Accélération de 0 a 20 nds 4,1 secondes
Vitesse minimale d’hydroplanage 11,7 nds à 2 800 tr/min
Consommation en usage courant (estimation) 14 l/h
Autonomie en usage courant (estimation) 12 h 10 min
Hélice de l'essai Revolution 4 - 14’’5 x 15’’ inox 4 pales