Essai Narwhal Fast 620

Pour les connaisseurs

Le Fast 620 fait partie des semi-rigides qui se "pilotent". Entendez par là qu'il faut un peu d'expérience pour en tirer le meilleur parti. C'est la condition pour apprécier à leur juste valeur sa carène en V très profond et ses performances de premier plan. Malgré une fautinition soignée, le tarif de ce baroudeur reste attractif grâce, notamment, à l'emploi du PVC.

Texte et photos : Philippe Leblond


 14 196 € sans moteur (tarif 2016)
 6.2 m
 15
 39,2 nds

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Paru dans le Pneumag n° 43 Septembre/Octobre 2004




Le bain de soleil de madame, le pique-nique des enfants autour de la table, la navigation, confortablement installé sur une banquette face à la mer, tout cela ne fait partie du répertoire de ce semi-rigide espagnol au tempérament bien trempé de baroudeur. Ici, pas de fioritures, on va à l'essentiel pour mener à bien un "programme d'homme", principalement tourné vers la plongée, la pêche, et les navigations "musclées" qui vont avec... La première alliée dans cette mission est sa carène. Des œuvres vives aux entrées d'eau particulièrement fines, avec une quille à l'angle très fermée, quasiment constant de l'étrave à la poupe, encadrée par des virures au dessin agressif. Le bouchain inversé est là pour donner de la stabilité à l'arrêt. Le Narwhal est ainsi bien armé pour naviguer à vive allure pour de longs raids en mer ouverte. Au moment de prendre les commandes, ne cherchez pas le siège pilote, il n'y a en a pas (siège jockey ou leaning-post sont optionnels). Le Fast 120, mis à notre disposition par Armor Motonautic (Pont L'Abbé), propose en standard une "console debout" bien dans sa philosophie : laisser un maximum de liberté de mouvement aux occupants dans le cadre d'activités telles que la pêche ou la plongée. Qu'à cela ne tienne, la barre et l'accélérateur tombent bien sous la main. Tandis que nous progressons vers la sortie du port au ralenti, nous pouvons apprécier la discrétion du Yamaha 115 ch 4 temps. A cette allure, la stabilité latérale est bonne. Mais, un coup d'accélérateur plus tard, le temps pour le Narwhal de se cabrer légèrement et de vite revenir dans ses lignes, il laisse entrevoir son talon d'Achille : une instabilité latérale qui gâte un peu le plaisir du pilote. L'utilisation du trim s'avère vite obligatoire pour rétablir l'équilibre. Mais, il n'est pas toujours facile de maintenir d'aplomb sur sa quille ce semi-rigide sensible à l'effet de couple de l'hélice. C'est le cas notamment lors de sauts de vagues, où le Narwhal a tendance à se réceptionner avec une légère gîte.Pour le reste, il fait preuve d'une redoutable efficacité. En virage on apprécie le "grip" de sa carène et la précision de ses trajectoires. Et le plus surprenant, pour un semi-rigide à carène en V aussi profond, est sans conteste sa faculté à planer à très basse vitesse (7,3 nds à 2 500 tr/mn !). En ce qui concerne l'aménagement de cockpit on est bien en présence d'un concept utilitaire. L'objectif : faciliter la circulation à bord (absence de sièges, sauf celui intégré sur l'avant de la console) avec un minimum de coffres afin d'offrir un plancher de plain-pied. Dans le registre de la fonctionnalité, citons aussi les lignes de vie et saisines en tresse de polyamide permettant une bonne prise sur toute la longueur des flotteurs, les passages de plongeurs renforcés (pièce de tissu antiragage), la solide bitte d'amarrage en inox à l'avant, le guide de mouillage avec petit puits à couvercle étanche, l'antidérapant projeté, l'absence de plate-forme et d'échelle de bain pour laisser le tableau arrière bien dégagé lors des parties de pêche... La console, pour sa part, offre un grand coffre accessible soit par le siège avant, soit par la face arrière. Cet équipement spartiate n'en est pas moins de qualité et il convient également de souligner la réalisation soignée du gros œuvre, que ce soit le polyester d'un aspect flatteur, ou l'assemblage des tubes à cônes traditionnels, dotés d'une valve de surpression. Les deux vide-vite, à manchons relevables, sont de fort diamètre pour assurer une vidange rapide de l'eau qui pourrait être embarquée (paquets de mer, pluie) lorsque le bateau est en mouvement. Le nable de remplissage de carburant se situe sur la face latérale bâbord de la console. Celle-ci comporte un socle pour la fixation de l'excellent boîtier-pupitre Yamaha et dispose d'une place suffisante pour le montage d'un GPS ou d'un sondeur de dimension modérée.

Il est à noter que l'espace au sol compris entre le coffre avant et le siège de la console a été calculé pour recevoir, au choix, trois blocs de plongée ou une caisse de criée pour la pêche. Notons aussi l'aspect pratique de la fixation, par Velcro, des pagaies et de la gaffe. Au-delà de ces considérations techniques, remarquons qu'en dépit de sa conception spartiate, le Narwhal n'est pas dénué d'élégance. Les deux tons contrastés de gris (foncé pour les boudins, clair pour le plancher), habilement relevés d'un liseré rouge courant sur la bande antiragage et les ralingues de fixation des saisines, lui donnent une esthétique certaine..



photo Narwhal Fast 620


photo Narwhal Fast 620


photo Narwhal Fast 620





Conclusion
Le Narwhal Fast 620 ne séduira sans doute pas les plaisanciers dont l'optique est la promenade en famille, mais il devrait faire le bonheur des amateurs de baroud en mer formée et ceux pour qui le semi-rigide est avant tout un outil au service d'activités telles que la plongée, la chasse ou la pêche. Doté du Yamaha 115 ch 4 temps, il affiche de belles performances dans tous les domaines, à l'exception du pilotage sportif où un 2 temps de même puissance serait plus plaisant. La possibilité de pratiquer la pêche à la traîne, la sobriété avec un budget carburant raisonnable et la fonctionnalité du cockpit sont des éléments convaincants. Sans parler d'un prix de vente attractif...




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