Essai Sacs S 45 Strider

Somptueux !

Le chantier milanais n'a pas fait dans la demi-mesure en lançant il y a deux ans ce superbe semi-rigide de croisière. Ce 45 pieds concentre tout le savoir-faire de Sacs en matière de design et de conception dans le domaine du confort embarqué. Son plan de pont en fait un super day-boat et sa vraie cabine le prédispose à la grande croisière. Bienvenue à bord.

Texte et photos Philippe Leblond


 476 000 € avec 2 x Yanmar 480 ch diesel (tarif 2009)
 14.0 m
 16
 39,0 nds

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Paru dans le Pneumag n° 73 septembre/octobre 2009




Depuis quelque temps, Sacs a clairement opté pour une production haut de gamme, en développant notamment de très grands modèles qui n'ont pas manqué de frapper les imaginations. Second par la taille, derrière le S50 Indaco (rebaptisé Indaco 16), le S45 Strider (renommé Strider 15) se présente comme le digne petit frère du premier nommé qui n'avait pas hésité à équiper son solarium arrière d'un… jacuzzi. Moins spectaculaire que son aîné, le S45 produit quand même un sacré choc visuel. L'angle le plus impressionnant est sans doute "plein arrière", tant sa largeur est inhabituelle (4,60 m !). Le fait est que la poupe est accueillante avec sa spacieuse plate-forme de bain portant la longueur du Strider à plus de 15 m et protégeant les hélices de surface qui partent du tableau arrière. Notre modèle d'essai est même pourvu d'une passerelle télescopique à télécommande. Il est ainsi possible d'en ajuster l'inclinaison pour s'adapter à différentes hauteurs de quai. Cette option, pour le moins coûteuse, peut l'être encore davantage lorsqu'on opte pour la passerelle hydraulique intégrée (19 740 €). Pour ce qui est de l'échelle de bain, elle est dissimulée dans l'épaisseur de la plate-forme, sa présence étant signalée par deux poignées en inox. Le teck massif constitue le meilleur antidérapant. Sacs propose d'ailleurs, en option, une couverture complète du pont, ce qui n'est pas le cas pour cet exemplaire dont les espaces de circulation généreux sont traités en pointe de diamant moulée. Avec une telle surface, les déplacements sont aisés à bord du Strider avec mention particulière aux passavants, ceux-ci se poursuivant jusqu'au dispositif de mouillage. Les mains courantes qui longent la cabine sécurisent les allers et venus, même en navigation. Autre point fort de ce plan de pont généreux, les deux grands solariums permanents. En effet, pas besoin de convertir celui de l'arrière en carré, deux jolies tables en teck massif étant déjà à poste pour recevoir, au bas mot, huit convives avec le concours des cinq mètres d'assise qu'offre la banquette en U, dans le dossier de laquelle se dissimule le cabriolet… Le leaning-post vaut aussi le détour. Non content d'abriter une kitchenette complète (plaque de cuisson deux feux, évier, planche à découper, frigo et congélateur séparés, tiroir à couverts, placard…), il intègre aussi un téléviseur à écran plat escamotable électriquement (si, si, on est à bord d'un semi-rigide !). Le poste de pilotage est lui aussi largement dimensionné (4 places avec assises relevables), le tableau de bord disposant d’un vaste module pour la centrale de navigation : écrans LCD multifonction pour les moteurs Yanmar, GPS-traceur Geonav grand format, écran de contrôle des transmissions de surface Jolly Drive, avec idéogramme illustrant le niveau d’inclinaison des trims, VHF fixe Icom, jauges des réservoirs, sans oublier le compas bien en face du pilote. Le barreur dispose d’un volant sport, de commandes électriques Yanmar, avec touche de synchronisation de régime des moteurs (à désactiver lors des manœuvres de port), et d’un joystick pour le propulseur d’étrave. L’accastillage ne fait pas défaut non plus. Les taquets (4) sont robustes, et l’on notera la très belle pièce d’inox que constitue le balcon épousant le nez du flotteur. L’ancre qui repose dans l’écubier d’étrave est actionnée par un solide guindeau électrique avec répétiteur de commandes à la proue. Pour ce qui est du rangement, signalons les astucieux bacs, dédiés aux défenses et au matériel de plongée ou de pêche, situés au-dessus de la cale moteurs et sous le solarium. Le compartiment mécanique mérite lui aussi d’être distingué, avec ses deux panneaux ouvrants assistés de vérins, laissant un large accès aux moteurs et à leurs périphériques. Quant à parler croisière, il est bien sûr question de l’espace intérieur. à savoir une cabine spacieuse, via quelques marches qui empruntent à la décoration des cloisons et du mobilier son bois clair cérusé. La décoration minimaliste, faite de lignes tendues et d’absence de motifs, est bien dans l’air du temps. à la couchette principale, il est possible d’ajouter un second couchage double grâce à un grand coussin de complément comblant le vide de la banquette en U. à l’entrée de la cabine, sur tribord, se trouve la salle d’eau avec son caillebotis en teck, et son plan de toilette sur lequel repose un lavabo inox, un peu bas cependant. Le WC marin, en revanche, n’est pas coffré comme souvent à bord des luxueuses vedettes italiennes. Dommage.

Le moment est venu de prendre les commandes du monstre. Le propulseur d’étrave facilite grandement les manœuvres de port. Il est vrai qu’en cas de fort vent latéral, la longueur et la masse du Strider peuvent justifier sans honte le recours à une telle aide. Les commandes électriques font obéir les Yanmar, au doigt et à l'œil, mais toujours en tenant compte d'un léger temps de réponse. Ce qui fait que lorsqu'on donne une impulsion sur les leviers, en avant ou en arrière, celle-ci doit être brève, surtout quand l'espace de manœuvre est restreint. Car, avec le diamètre des hélices et l'énorme couple des diesels de 480 ch chacun, les réactions sont massives. De la même manière, pour ne pas dépasser les trois nœuds réglementaires dans le port, il convient de remettre les inverseurs au point mort à intervalles réguliers, car au ralenti en marche avant, la vitesse est excessive. Une fois franchi le balisage des 300 mètres, il est temps de procéder au déjaugeage. Le terme "procéder" ici n'est pas usurpé, car avec les transmissions de surface (des Jolly Drive) il faut opérer différemment. Lorsqu'on pousse les gaz, il faut le faire progressivement, tout en trimant en positif les hélices, afin de les faire travailler en semi-immersion dans une eau moins dense sinon les moteurs peineraient à monter en régime. Une fois le bateau lancé, on peut redescendre légèrement les trims, pour éviter le marsouinage. Comme avec tous les bateaux à transmissions de surface, le chrono de déjaugeage n'est pas flatteur. Mais, l'entrée en action des turbos se traduit par une poussée très énergique, et ce jusqu'au régime maximal, rapidement atteint car plafonnant à 3 300 tr/min. Notre GPS annonce 39 nœuds. Une valeur respectable mais éloignée des 43 nœuds obtenus lors des essais chantier. Le Strider est tellement imposant, qu'à cette allure, l'impression de vitesse ne reflète pas la réalité. Il faut "sortir" dans le passavant et sentir la pression de l'air pour la ressentir. En réduisant les gaz à 3 000 tr/min, on tombe sur la vitesse de croisière rapide : 33 nds. Le sifflement des turbos est plus en sourdine et l'impression de calme et d'aisance est alors bluffant. On se verrait bien naviguer des heures à bord de cette limousine des mers, tant le bien-être est à son comble. La consommation, de l'ordre de 70 l/h par moteur chute à 45 l/h 400 tours plus bas, tout en conservant une allure de croisière plus que décente (25 nds). Si les performances sont d'un niveau remarquable (avec la puissance maxi - 2 x 800 ch - les 50 nœuds devraient être une formalité), il en est de même pour l'agrément de pilotage, avec une barre souple et précise. L'étrave du Strider réagit avec vivacité aux changements de cap, et dans les virages, le Sacs se cale sur son bouchain intérieur décrivant des arabesques rigoureuses. Par contre, avec un semi-rigide de ce gabarit équipé de ce type de transmissions, le rayon de giration est plutôt large. Il faudra anticiper les obstacles et prévoir de l'espace avant de tourner la barre…

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photo Sacs S 45 Strider


photo Sacs S 45 Strider


photo Sacs S 45 Strider





CONCLUSION
Avec le Strider 45 on entre dans le domaine du semi-rigide superlatif. Confort de navigation exceptionnel, pilotage d’une homogénéité exemplaire, performances de haut niveau, cockpit super convivial, cabine digne du programme de croisière revendiqué. à bord d’un tel bateau, difficile de faire la fine bouche… Allez ! On pourra toujours critiquer la pose des vaigrages de cabine avec cache-vis apparents. Pour le reste, on n’est pas loin du sans-faute.




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