Essai Sillinger 900 Silverline

Main de fer dans gant de velours

Impressionnant par ses dimensions et sa robe noire, le plus grand des Sillinger a quelque chose d'intimidant. Pourtant, son cockpit bien dans l'esprit Silverline, multiplie les éléments de confort dans l'optique des douces heures passées au mouillage. Sa conception fonctionnelle, et ses performances en mer au-dessus de la moyenne, en font un dayboat efficace et ambitieux.

Texte et photos Philippe Leblond


 80 929 €
 9.0 m
 28
 54,8 nds avec 2 x Mercury Verado 250 ch 4T

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Paru dans le Pneumag n° 67 septembre/octobre 2008



Il n'y a pas à dire, le 900 Silverline, présenté en première mondiale au Salon de Paris, en impose. Si l'on excepte le 950 Phantom, destiné à une clientèle professionnelle, c'est le plus grand pneumatique sorti des ateliers Sillinger. Ce statut de "navire amiral", le 900 Silverline le revendique en toute légitimité. Autant par sa construction, qui apparaît toujours aussi sérieuse et robuste, que par son caractère pratique, son équipement de loisir complet, ou ses performances exceptionnelles. Bien que viscéralement attaché à l'image du bateau baroudeur, Sillinger peaufine peu à peu une gamme Silverline (plaisance) qui lui permet d'attirer une clientèle plus familiale. Il est à noter qu'avec le 900, on monte d'un cran dans le domaine de l'équipement : solarium, douchette avec réservoir de 50 l, revêtement de pont en Dek-king (simili teck), leds de courtoisie à la base des accessoires en polyester, nombreuses places assises, guindeau électrique… De nombreux équipements de série dits "de confort", auxquels on peut désormais ajouter quelques options qui transforment le cockpit en véritable plate-forme de loisirs : une table de pique-nique avec pied hydraulique, convertible en solarium, des dossiers inclinables pour le bain de soleil de la poupe, un lecteur CD hi-fi, un hard-top, un frigo, un vivier, des supports de cannes… Et la technique n'est pas en reste, avec un chargeur de batterie et une prise de quai, un pilote automatique ainsi qu'un pack complet d'instruments de navigation. Ce nouveau Silverline annonce la couleur sans détour : le haut de gamme sinon rien ! Le prix du set de base est d'ailleurs coquet. Mais, dans ce prix il faut prendre en considération des prestations moins spectaculaires mais qui attestent du travail mis en œuvre pour livrer un produit abouti et fiable dans la durée.
Ainsi, le flotteur composé de sept compartiments étanches fait appel au tissu Orca 1670 décitex et voit ses extrémités avant et arrière doublées à l'aide du même tissu, mais en finition "Fabric impression", dont la couleur mate ajoute à l'esthétique. La coque en polyester monolithique est rigidifiée par sept poutrelles en inox, à l'instar du tableau arrière qui comporte quatre raidisseurs en inox. Les valves de gonflages en plastique sont toutes protégées par des capuchons en Hypalon. Les saisines sont épaisses et d'un contact doux à la main. Quant au pont, un sumotori pourrait sauter dessus à pieds joints sans crainte, son échantillonnage étant au-dessus de tout soupçon. L'antidérapant, de style gauffré, est à la fois efficace et pas trop agressif. Le roll-bar qui supporte un taud de soleil est herculéen (il ne bouge même pas au-dessus de 50 nds !). L'accastillage est bien dimensionné, à l'image du solide davier supportant des chaumards pour les lignes reprises sur la bitte d'amarrage inox, et bien situé, à l'exemple des taquets escamotables au dos de la soute arrière. Les coffres sont tous équipés de vérins à gaz pour maintenir les capots ouverts, en revanche, l'obligation de dégrafer les coussins, pour ouvrir lesdits coffres, n'est pas des plus pratiques. A ce propos, on comprend mal l'incroyable volume laissé au puits de mouillage. Côté rangement, la palme va sans conteste à l'impressionnante soute arrière, située sous le solarium, dont le fond est protégé par un tapis de caoutchouc alvéolé. Bien vu ! Le mistral ayant formé une houle abrupte, c'est à l'abri, dans la baie de La Ciotat, que nous avons procédé à nos relevés habituels. Et, à la lecture du GPS, nous n'avons pas été déçus.
Bien lancé et trimé, le 900 Silverline se permet d'exploser la barre des 50 nds (malgré le T-top !) sous la poussée musclée d'une paire de Verado 250 ch, qui représente pour l'heure la puissance maxi de la fiche technique. Le 900 Silverline devrait pouvoir se contenter de 2 x 175 ch ou d'un seul gros cube (le constructeur aurait atteint 52 nds, avec un Yamaha 350 !) sans être taxé de sous-motorisation. Sur notre bateau d'essai, la hauteur de montage des moteurs et le choix des hélices (des Mirage 21'') sont apparus judicieux, avec un régime maxi à 6 300 tr/mn, tout proche du maxi annoncé par Mercury, avec seulement deux personnes à bord. Cela laisse une belle plage de réserve au cas où l'on ait à charger lourdement le bateau, puisqu'on peut descendre à 5 800 tr/mn pleins gaz, sans créer de sous-régime. Bref, le potentiel vitesse de ce Silverline est tout bonnement exceptionnel. Rendez-vous compte qu'à 4 500 tr/mn, on peut croiser sans forcer à 37 nds, avec un rendement relativement économique, et en pulvérisant un clapot de près d'un mètre… Une vraie GT des mers ! L'allure la moins gourmande en énergie se situe à 2 500 tr/mn (le Silverline est capable d'hydroplaner à 2 000 tr/mn !) soit 17,4 nds, une allure de "père de famille" à laquelle on peut parcourir jusqu'à 185 milles, grâce aux deux réservoirs de 195 l. Rapide et énergique (il déjauge en 3 secondes !), le gros Sillinger nous a aussi épaté par sa maniabilité. Il enchaîne avec une aisance insolente tous types de virages, larges ou serrés, avec une légère gîte intérieure, un grip impressionnant et surtout une légèreté et une précision de barre qui permettent de le mettre entre toutes les mains. En sortie de virage, les reprises des Verado compressés sont des plus toniques, grâce aussi à la motricité sans faille des hélices Mirage 21''. Vous l'aurez compris, aux commandes du 900 Silverline, on se fait plaisir ! Ajoutez à cela le confort en croisière dans un clapot agressif, et l'aptitude à sauter dans des creux de plus de deux mètres sans entendre gémir la structure, et vous tenez-là un décathlonien des flots. Une petite critique toutefois : il ne faut pas hésiter à trimer en positif car les embruns de la vague d'étrave ont tendance à rafraîchir les passagers..



photo Sillinger 900 Silverline


photo Sillinger 900 Silverline


photo Sillinger 900 Silverline





CONCLUSION

Dans le jargon du rugby, quand on croise un joueur hors normes, on parle de "sacré client". C'est un peu le terme qui convient au 900 Silverline, dont le physique de "Terminator" semble ignorer les obstacles. Très rapide, même en croisière, super costaud dans la vague, confortable au mouillage, un peu rustique mais bien fini, ce semi-rigide au programme polyvalent est capable de se plier à tous les usages, ou presque (pas de cabine), en offrant à ses occupants un niveau de sécurité élevé.




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