Essai Black Fin Elegance 10

La (trop) grosse cavalerie

Voici le top de la gamme Black Fin, équipé du top de la gamme Mercury. Un ensemble ultra performant avec deux fois 400 chevaux, mais qui réclame un certain doigté et une solide expérience pour en conserver le contrôle pleins gaz. Pour le reste, les qualités de l’Elegance 10 résident dans un confort zen qui tranche avec ce vertige mécanique.

Texte et photos Philippe Leblond


 192 490 € avec 2 x Mercury Verado 400 R
 9.75 m
 20
 57,2 nds

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Essai paru le 12/10/2017



En attendant encore plus fort dans le domaine du semi-rigide, Mercury France a composé le tandem le plus exceptionnel à sa disposition. Pour le bateau, l’Elegance 10, modèle-amiral de la gamme Black Fin, pour le moteur, deux exemplaires du plus puissant hors-bord Mercury de série, le Verado 400 R, joli bijou mécanique facturé 41 540 euros pièce ! Maintenant que le décor est planté, voyons plus en détail les atouts et les limites de ce package majuscule…

*Au ponton*
La ligne du 10-mètres tranche avec celle des trois autres Black Fin (Elegance 7, 8 et 9) qui sont encore assez proches de l'esthétique Nuova Jolly, chantier italien qui fabrique les Black Fin pour le compte de Brunswick. L'Elegance 10 montre un autre visage, bien à lui, même si la forme de ses flotteurs n'est pas sans évoquer celle des Marlin Boat, ou des N-Zo de Zodiac. Cette "teugue" qui anime son profil, à la manière des bateaux de pêche sportive américains, lui confère une étrave bien défendue et une présence sur l'eau magistrale, que ne possèdent pas d'autres semi-rigides de cette longueur. A son bord, on a vraiment l'impression d'être sur une grosse unité. Il est vrai que sa largeur, exceptionnelle, n'est pas pour rien dans cette sensation. Quelques équipements qui n'appartiennent qu'à lui le démarquent aussi de ses frères, à l’image de la volumineuse console (hauteur : 1,82 m) qui abrite en standard un WC et propose deux banquettes latérales pouvant se convertir en une couchette double. Ajoutez la kitchenette extérieure (grand frigo, plaque de cuisson, évier), placée au dos du leaning-post, le chauffe-eau qui alimente la douche et l'évier, et vous étendez votre programme jusqu'à la petite croisière ! La discrète et esthétique delphinière inox/teck, qui semble comme suspendue au-dessus du flotteur, ne sert ici qu'à l'amarrage. En effet, l'ancre est placée dans l'écubier d'étrave, commandée par un guindeau électrique, évidemment livré de série sur cette unité qui déplace plus de 3,5 tonnes en charge.

Si les plates-formes arrière de l'Elegance 10 s'apparentent à celles des 8 et 9, elles disposent chacune d'une échelle et sont revêtues de teck à joints clairs. Un matériau élégant qui, en option, peut couvrir l'intégralité du pont. La circulation y est particulièrement aisée, et l'accès à la plate-forme de bain, malgré la présence du roll-bar inox qui supporte le cabriolet. En l’absence d’arceau, ce dernier est rabattu dans une goulotte en périphérie du dossier de la banquette. Le rangement se fait sans encombre dans les généreuses cales avant et arrière, ou dans la volumineuse console en cas de besoin. Il est simplement dommage que la table du carré (6 à 8 personnes) ne fasse pas office de rallonge du solarium arrière, cette dernière étant constituée d'un autre élément lourd et encombrant.

*En mer*
L’Elegance 10 voudrait-il se mesurer aux semi-rigides offshore, du genre Revenger, Scorpion, Technohull, Goldfish ou autres ? Cela nous semble hors de propos. Alors, quelle mouche a piqué les responsables de Black Fin pour lui mettre 400 chevaux aux fesses ? L’exemplaire que nous avions essayé en Corse avec deux Verado 300 ch était déjà très performant… Certes, le package est spectaculaire – 800 chevaux sur le tableau arrière, ça en impose dans la marina ! - certes, il apporte du fun au pilotage, pour ne pas dire du piment, mais selon nous, tel quel, il n’est pas à mettre entre toutes les mains. Le magnifique Verado 400 qui possède la même cylindrée que le 300 n’y est pour rien, mais il est trop puissant pour ce semi-rigide. Et pareillement, l’Elegance 10 n’a pas à rougir à encaisser tant bien que mal une telle puissance. Sa carène nous a démontré qu’avec 2 x 300 ch et à 52,7 nœuds (voir notre essai dans Pneu Mag n°102 ou sur notre site), elle délivre de belles sensations, tout en conservant un parfait équilibre dans une houle longue de 80 cm. Ceux qui nous lisent régulièrement savent qu’on ne fait aucune allergie à la puissance chez Pneu Mag, mais là, avec 200 chevaux de plus, en termes de comportement et de pilotage, on entre dans une autre dimension. Cela commence avec une énorme poussée des 400 R compressés (sans jeu de mots) et une phase de déjaugeage vite expédiée, peu de temps après avoir cassé la barrière des 20 nœuds (3’’9 !). Le gain en accélération par rapport à notre essai avec les Verado 300 est substantiel : moins 2’’8 pour sortir de l’eau, moins 2’’4 pour franchir les 20 nœuds. Notez que l’Elegance 10 est capable de rester planant à 15,4 nœuds, soit à 2 500 tr/min, ce qui compte tenu du régime maxi du 400 R, à 7 000 tr/min (le plus élevé pour un hors-bord de plaisance), laisse une plage d’exploitation particulièrement large pour adapter sa vitesse de croisière aux conditions de mer. Disons que jusqu’à 6 000 tr/min, tout se passe bien. Le bateau reste plutôt stable, mais l’on sent qu’on dispose encore d’une grosse réserve de puissance, sans parler de l’apport du trim… C’est au-dessus que le challenge commence avec, au fur et à mesure de la montée conjointe des tours/minute et du trim, une amorce de roulis mais aussi de pompage (ne pas confondre avec le « marsouinage »), ce mouvement résultant surtout de la compression d’air engendrée par une carène dont il ne reste plus grand-chose dans l’eau. Un peu de savoir-faire ne fait pas de mal pour contrôler ces mouvements de coque indésirables… A l’évidence, au régime maxi de 6 850 tr/min que nous avons atteint, assorti d’une belle pointe de vitesse de 57,2 nœuds, le Black Fin apparaît clairement surmotorisé. Il est vrai aussi que nous n’étions que deux à bord avec moins d’un demi réservoir et sur une houle résiduelle de 60 à 80 cm. Mais tout de même… A défaut d’une solide expérience du réglage d’assiette, on peut s’en remettre à l’ActivTrim, qui sur le programme 3 (il y en a 5) a réussi à maintenir l’assiette du bateau, mais pas à la vitesse que nous avions atteinte. Pour ce qui est des virages, l’Elegance 10 fait vraiment le « job » et parvient à domestiquer les 800 chevaux, sans ventiler et avec un gros grip. Impressionnant ! Autre aide électronique, cette fois-ci, mais pour les manœuvres de port : le Joystick Piloting, qui nous a permis d’effectuer un évitage sur 180° en 17’’ contre 23’’ en utilisant les deux inverseurs avec 1 000 tr/min.

Pourquoi proposer cette motorisation ultime ? Sincèrement, nous n’en voyons pas l’intérêt, car avec 2 x 300 ch l’Elegance 10 s’était révélé parfait, tant en équilibre qu’en performances. Seul point d’intérêt en faveur des 400 ch, un rendement légèrement meilleur (0,43 m/l contre 0,37) et une vitesse un peu supérieure (28,3 nœuds contre 26,6) à 3 500 tr/min, l’allure de croisière économique. A la rigueur, on pourrait recourir à 2 x 350 ch, dans le cas où l’on navigue le plus souvent avec un équipage nombreux ou un bateau à pleine charge, mais le package avec 2 x 400 ch ne nous semble pas pertinent, considérant que l’Elegance 10 n’a pas pour vocation première la navigation sportive.



photo Black Fin Elegance 10


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