Tour de la Sardaigne

mercredi 08 mars 2017 11:49



Séduction permanente

Habitué du championnat de France Offshore, où son Focchi 620 fait partie de l'encadrement de sécurité, Guy a décidé d'utiliser son semi-rigide pour un programme bien différent : un tour de la Sardaigne en famille, avec sa femme Agnès et sa belle-fille Emilie. Une circumnavigation dans le sans anti-horaire ponctuée de belles découvertes…

Texte et photos Guy Féraud

Jour 1

C'est parti ! Le Yamaha F150 de notre Focchi s'ébroue, et nous quittons le port de Solenzara le 4 août, vers 11 heures du matin. L'attelage est resté chez quelqu'un de la famille, installé à Solenzara. La mer est belle et nous prenons notre vitesse de croisière haute, soit autour de 35 nœuds pour un régime de 4 500 tr/min. Notre but principal n’étant pas la visite des côtes corses, nous plongeons rapidement vers le sud et traversons, dans la foulée, les quelques  nautiques qui séparent la Corse de la Sardaigne. Ce faisant, nous avons droit à un petit force 4 de sud-ouest qui nous secoue un peu durant la traversée. Il est vrai que les bouches de Bonifaccio sont rarement calmes… Nous optons pour une vitesse plus confortable et arrivons bientôt en Sardaigne, où nous prenons notre premier bain, suivi du premier repas de notre périple.
L’après-midi va nous amener à Isola Rossa, où nous donnons à boire au "Gaulois" (le petit nom de notre semi-rigide), et nous octroyons une bonne collation pour notre quatre-heures. Nous repartons et naviguons avec des vagues qui se font cassantes, et du coup accusons une petite avarie de notre arceau inox qui va nous obliger à observer une pause réparation à Porto Torres, à l'issue d'un raid de 93 nautiques (tout de même !). Là-bas, nous ferons la connaissance de Tony, un pêcheur d’une gentillesse peu commune qui nous confectionnera, dès le lendemain matin, une pièce en inox nous permettant de continuer sans avoir à démonter la structure ! Appréciable…

Jour 2

Le 5 août, en fin de matinée, après cette réparation de fortune et quelques emplettes, nous reprenons la mer et arrivons rapidement à Stintino. Ce lieu est une pure beauté et ressemble davantage à une gigantesque piscine qu’à une anse maritime. L’après-midi, nous faisons un peu de sud pour trouver un mouillage pour la nuit, dans la baie de Porto Conte, coin bien abrité de tous les vents et doté d’une station essence à Maristella, pas évidente à trouver.

Jour 3

Le lendemain, nous reprenons la mer qui affiche un calme admirable, ce qui va nous amener tranquillement dans la grande baie d’Oristano (début de la seconde moitié de la côte ouest), où nous prenons quelques photos d’un dauphin en quête de nourriture par moins de quatre mètres de fond. Après la visite de cette baie, nous cherchons un coin pour passer la nuit et longeons le capo Frasca interdit de mouillage – c'est marqué sur notre GPS ! Nous le contournons pour jeter l'ancre dans une très belle crique, magique écrin de pierres ocre, proche de Pistis.

Jour 4

Nous sommes aujourd'hui le 7 août, et nous approchons de Buggerru, sympathique petit port traditionnel, où nous assistons à une concentration de Fiat 500 d’un autre âge. Après ce spectacle singulier, nous poursuivons notre "descente" sur une mer des plus agréables. Tout au long de cette navigation, nous découvrons des côtes splendides. Contact est pris avec des amis qui font également le tour de la Sardaigne, mais dans le sens horaire, à bord d’un Zar 53 mais sur une période de quatre semaines ! Ils sont sur l’île de Carlo Forte que nous ne tardons pas à rejoindre, en début d’après-midi, pour partager un bon repas en leur compagnie. Nous parcourons quelques nautiques alentours, à vitesse réduite, pour découvrir quelques grottes impressionnantes, puis trouver sur cette île un abri afin d'y passer la nuit.

Jour 5

Après le déjeuner, c'est l'heure des séparations, et nous voilà repartis pour un peu de cabotage sur des eaux turquoises qui nous portent jusqu'à une crique superbe, sur l’île de San Antioco. Un bateau de pêche recyclé en "pescatore turismo" vient mouiller à côté de notre Focchi. Nous sommes surpris une fois de plus par la gentillesse des Sardes qui nous invitent à leur bord. Puis nous levons l'ancre pour aller nous mettre à l’abri de Porto Pino, car un vent musclé de nord-ouest est annoncé en fin de nuit.

Jour 6

Le petit-déjeuner pris, nous levons l’ancre pour passer le cap Teulada, pointe extrême sud de la Sardaigne, et découvrons une mer des plus agitées, mais heureusement par notre arrière. Passé le cap, nous retrouvons un peu de sérénité, abrité de cette puissante brise par la côte. Nous refaisons le plein dans le minuscule port de Calaverde et poursuivons tranquillement notre route. 
 
Arrivés au Cap de Pula, le vent qui s’était fait oublier vient nous ôter le sourire. Nous pénétrons dans le golfe de Cagliari avec un vent de force 7 à 8 en rafale, qui nous fait paraître ce golfe d’une longueur interminable. Les creux, assez importants, ne laissent rien de sec sur la surface du bateau et, disons-le franchement, la vue du port nous met du baume au cœur. 

Jours 7 et 8

La capitainerie nous annonçant un vent de force 8 pour toute la journée du lendemain, nous décidons de passer deux nuits au port ! Nous mettons à profit cette halte forcée pour visiter Cagliari, que les Sardes considèrent comme leur "capitale", mais qui tient plus d'un chef-lieu de région que d'une grande ville. Cette citée, située en plein sud de la Sardaigne, compte 170 000 habitants où se mélangent les populations, passant de rues coquettes à des ruelles d’une pauvreté déconcertante. Nous croiserons de nombreux Français de passage dans cette ville… Une bonne idée : prendre le petit train qui chemine de la place principale du centre ville, jusque dans les rues hautes de la ville.

Jour 9

Le 12, le vent étant enfin tombé, nous voilà repartis de criques en criques. Celles-ci sont, pour la plupart, seulement accessibles par la mer. D'où des mouillages d'un calme particulièrement appréciable de nos jours. Nous entrons dans le port de Villasimius (dernier cap avant la remontée par la côte est) où nous assistons à un ballet de grands yachts et de petites embarcations se bousculant pour ravitailler à la station du port. Nous ferons finalement le plein à Porto Corallo, où le pompiste ne se déplace que sur coup de téléphone ! Dialoguer avec les mains est dans ce cas impossible et parler italien est donc requis. Il nous faut faire un peu de marche à pied pour récupérer des glaçons à un distributeur situé dans un… camping ! Original. Puis nous jetons finalement notre dévolu (et notre ancre !) sur une crique de Porte Murtas, non loin du cap San Lorenzo.

Jour 10

Au petit matin, deux militaires viennent gentiment nous expliquer que cette portion de littoral est interdite ! Envahis par les guêpes, en recherche d’eau douce, nous décidons de lever l’ancre sans plus tarder. Cette partie de la Sardaigne est très belle et, en doublant le cap Sferracavallo, nous sommes émerveillés par deux familles de dauphins qui nous font le bonheur de nous servir d'escorte personnelle ! 
En entrant dans le port d’Arbatax, nous avons la surprise d'y trouver un dauphin solitaire en mal de "repas". Nous allons prendre le nôtre dans un petit restaurant des plus agréables (Ristorante del Porto, avec menu à partir de 16 €). 
 
L’après-midi n’est fait que d’émerveillement au cours de la traversée du Golfe d’Orosei (mi-chemin de la remontée). Une côte faite de grottes, de plages de sable blanc et de roches tombant à pic dans une mer d'une transparence irréelle. Vive le numérique qui nous a permis de multiplier les photos à l'envi ! Nous mouillons finalement à Campo Comino, où le ciel nous gratifie d’un coucher de soleil somptueux.

Jour 11

Repartis tranquillement en milieu de matinée, nous pointons notre étrave dans le port d’Ottiolu. Incontournable petite marina (notre coup de cœur !) avec ses maisons colorées, ses boutiques, sa convivialité, sa propreté… Nous visitons également le port de San Teodore, en construction depuis apparemment bien longtemps… A partir de ce lieu, nous allons rencontrer de plus en plus de bateaux, et de toutes sortes. Outre des yachts de rêve, nous découvrons des semi-rigides en quantité jamais vue ailleurs. A croire que chaque famille possède le sien ! Mais, nous découvrons en fait que la plupart sont loués. Nous avançons tranquillement sur une mer paisible et décidons de passer la nuit sur l’île Molara. Mais, pour installer notre mouillage pour la nuit, il nous faudra attendre 18h30 que les plaisanciers locaux nous fassent de la place… La nuit se passe finalement en compagnie de seulement deux voiliers, de surcroît mouillés assez loin de nous. Comme quoi, la patience paie !

Jour 12

Nous repartons à vitesse réduite, afin de visiter l’ensemble des îles autour d’Olbia. Comme la veille, nous sommes surpris par la quantité de bateaux naviguant dans les parages, pour la plupart des semi-rigides. Au point qu'il vaut mieux ouvrir l’œil si l’on ne veut pas les croiser de trop près. Le second danger vient des nombreux écueils dans la région dont certains ne sont mentionnés ni sur les cartes papier, ni sur le GPS ! Nous décidons de faire une pause dans le port de Punta Marina, où nous trouvons un restaurant pizzeria à portée de gaffe – c'est d'ailleurs le seul restau du port. La nourriture y est excellente, avec un prix par personne proche de 20 euros. Une bonne adresse si vous passez par là… Les criques que nous visitons l’après-midi nous font découvrir des villas de bord de mer somptueuses, avec bateau amarré à leur quai privé.

Jour 13

Nous tardons à lever l’ancre de Punta Ligata, appréciant l'eau flirtant toujours avec les 25 degrés, puis partons pour le tour des îles Maddalena et de la côte Smeralda. L’après-midi, nous sommes surpris par un vent de nord-ouest de force 5 à 6 qui va nous secouer jusqu’à ce que nous trouvions refuge dans la Cale Caprioccia ! Nous voici en vue des côtes corses et découvrons avec plaisir que nous pouvons à nouveau capter notre opérateur téléphonique (hormis pour la météo, nous avions décidé de ne pas nous servir de nos téléphones jusque-là).

Jour 14

Le 17, pour notre dernière journée en Sardaigne, nous nous promenons dans la ville la plus nord de l'île : Santa Teresa di Gallura. A notre grande surprise, nous rencontrons nos amis Pascal et Christine venus reprendre un peu de "benzine" pour leur Zar et qui, apercevant notre bateau dans le port, viennent nous rejoindre. Nous en profitons pour prendre un dernier repas italien dans un restaurant plutôt sympathique. Vers 15 heures, il est temps de nous séparer afin d’effectuer la traversée qui se déroulera sans problèmes, en moins d’un quart d’heure ! Une fois sur les côtes corses, nous décidons de faire un peu d'ouest, en direction de Propriano, afin d'aller mouiller à Cala di Paragnanu, une très jolie crique.

Epilogue

Le lendemain, nous décidons de profiter du jour de relâche avant de reprendre le ferry pour visiter Bonifacio et ses fameuses grottes. Il faut pour cela jouer à cache-cache avec les vedettes de touristes qui font la navette à partir du port, et ne prêtent guère attention aux embarcations alentour. Nous déjeunons dans un restaurant de la ville haute, avec vue sur les falaises et pouvons même distinguer, au travers d'une légère brume, les côtes sardes. Vers 15 heures, nous commençons à remonter la côte est, avec une petite idée qui nous trotte dans la tête ! Pourquoi pas un tour de Corse, l'année prochaine ? Arrivés à proximité de Solenzara, nous prenons un dernier bain dans une eau à… 27 degrés ! Puis, nous sortons le Gaulois de l’eau qui aura besoin d’un grand nettoyage une fois de retour à la maison, à Eyguières (près de Salon dans les Bouches du Rhône).
 

Le bateau

Baptisé le "Gaulois", ce Focchi de 6.20 m est équipé d’un moteur Yamaha 4 temps de 150 ch, d’un réservoir fixe en plastique de 90 litres (sous le capot jaune, sur le plancher en teck), d’un arceau-cage en alu qui nous permet de naviguer à l’ombre et d’y accrocher la toile de tente. Il est équipé d’une douche avec un réservoir de 50 litres d'eau douce, d’un combiné GPS/sondeur Lowrance HDS 7, et d’une pompe vide cale. Le plancher a été entièrement recouvert de teck, ainsi que les 2 petites plages arrière pour son élégance et ses qualités d'antidérapant. Le solarium avant, d’une longueur maxi de 2.30 m par 1,70 m, réalisé en Bultex, nous a permis de récupérer, tous les trois, pleinement de nos journées de navigation. A la base, nous sommes partis d’un semi-rigide vide, et l’avons équipé sur mesure pour arriver à un compromis qui nous permette de faire des raids sur un bateau de longueur modérée tout en ayant une belle vitesse de croisière. 
 

GUIDE PRATIQUE

Navigation

La Sardaigne bénéficie du même climat que le sud-est de la France avec, toutefois, des températures plus élevées. Le vent dominant est le mistral. 
Il y a, tout autour de la Sardaigne, de nombreux écueils dont certains ne sont pas répertoriés sur le GPS. Danger ! 
Autre danger, sur la côte ouest, on peut rencontrer jusqu’à plus de 500 mètres des côtes des hauts fonds entre 5 et 15 m de profondeur. De nombreux chasseurs sous-marins plongent dans ces secteurs, dont une minorité d’entre eux est équipé d’une bouée rouge.
Nous n’avons subi aucun contrôle de la part de la police maritime sarde, mais attention quand même ! En naviguant trop près des côtes, on prend le risque de voir les habitants appeler les autorités qui ne tardent pas à se montrer. De même, nous avons été témoins de la rapidité avec laquelle elles interviennent pour faire sortir des embarcations de la zone de baignade. 

Météo 

Sur le canal 68 de la VHF : toutes les heures un bulletin en anglais, pour l'Italie, la Corse et la Sardaigne.

Carburant

Le réapprovisionnement en carburant ne pose pas de problème particulier, et son prix de 1,70 € le litre est le même dans tous les ports.
La consommation moyenne du "Gaulois", chargé dans ces moindres recoins, a été de 15,5 litre/heure, avec un rendement moyen de 0,87 litre par mille. La consommation totale, pour accomplir les 720 nautiques de notre périple, a été de 624 litres (budget : 1 060,80 €).  

Restauration

L’avitaillement ne pose pas de problème dans les ports que nous avons visités. Les tarifs, y compris dans les restaurants, s'avèrent moins chers dans le sud que dans le nord de l'île. Le poisson y est toujours très bien cuisiné. Néanmoins, les amateurs de pêche resteront sur leur faim car, au bord des côtes, le poisson se fait rare… Par contre, tout au long de notre périple, nous avons eu du mal à trouver de la glace (souvent gratuite) pour refroidir notre glacière. Le long des côtes, on trouvera très souvent sur les tables poulpe et poisson, alors que dans les terres la spécialité principale reste  le porcelet à la broche. On le trouve aussi dans les échoppes, sur des rôtissoires, de  la même manière que nous trouvons des poulets chez nous. Si vous en avez l’occasion, allez tester un de ces nombreux "Agriturismo" qui fleurissent le long des routes. Vous pourrez y dormir et vous restaurer dans une ambiance familiale, tout en profitant des spécialités régionales.

 



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