Essai Ribcraft 5.85 Pro

Le pilotage à l'honneur

Ce semi-rigide de qualité professionnelle possède les gênes de l'école britannique, à savoir une carène en V profond, un cockpit fonctionnel et un gros tempérament dans la mer formée. De quoi ravir le pilote et un équipage qui partage son approche sportive de la plaisance.

Texte et photos Philippe Leblond


 16 700 € sans moteur (tarif 2016)
 5.85 m
 12
 42,4 nds avec Suzuki 150 ch 4T
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Paru dans le Pneumag n° 103 Septembre/Octobre 2014



C'est nantis de la puissance maximale autorisée (150 ch) que nous avons pu prendre en main ce semi-rigide destiné à la navigation sportive. Relativement étroit, comme la plupart des semi-rigides anglais "bon teint", le Ribcraft arbore une carène en V profond à virures parallèles, dictée par des conditions de mer souvent musclées autour de la fière Albion. Par souci d'efficacité et d'équilibre, l'importateur Concar'nautic a peaufiné le montage moteur en le décentrant de 2,52 cm (un pouce) vers tribord et en le plaçant assez haut (+ 4 cm). Décalé, afin de contrer l'effet de couple du gros 4-cylindres en ligne Suzuki (2 867 cm3), et surélevé pour permettre au bateau de réduire sa surface de contact avec l'eau au maximum pour favoriser la vitesse.
En dépit de ces ajustements, nous n'avons pas signé une pointe de vitesse extraordinaire. Certes, 42,4 nœuds, c'est rapide, mais on pouvait attendre un peu mieux de ce bateau, malgré des conditions d'essai peu favorables (plan d'eau pas idéal, même à l'abri de Beig Meil). Ce qui explique des rendements assez moyens aux allures de croisière. Quant à l'autonomie un peu juste (seulement 78 milles au régime le plus économique), elle sera doublée si l'on passe commande du réservoir de 180 litres (supplément de 538 €). Du côté des accélérations, c'est satisfaisant, avec notamment un chrono de déjaugeage de 3"2, malgré un cabrage prononcé. Ce qui explique le montage du poste de pilotage en position avancée.
Mais, le vrai point fort du Ribcraft, c'est sa capacité à tenir des moyennes élevées dans des mers difficiles, sans malmener son équipage. Malgré sa relative légèreté, il passe sereinement à 25-30 nœuds, dans des creux d'environ un mètre, et sous un bon Force 4. Que ce soit de face, de travers, de trois-quarts ou d'arrière, il se réceptionne en souplesse et repart à l'assaut de la vague suivante. Attention toutefois de ne pas "trop en faire" car face à la mer, le nez s'avère un peu léger, ce qui impose de doser les remises de gaz… Il convient également se montrer vigilant lors des runs à plein régime, à l'abri de la côte, car au-dessus de 5 300 tr/min, un excès de trim engendre un roulis qui prend rapidement de l'ampleur et mérite d'être contrôlé. Bref, le Ribcraft est un semi-rigide qui se "règle", qui se pilote ! Le barreur ne s'ennuie pas, tout comme en virage, où la carène se montre incisive et précise, même lors des remises de gaz brutales dans les virages serrés, d'où il ressort comme une balle, profitant de toute sa motricité. Témoignant d'une rigidité structurelle inflexible dans la mer formée, le châssis du Ribcraft s'il est d'une conception simple, affiche un échantillonnage de matière et un assemblage au-dessus de tout soupçon. La coque, ses renforts très denses et son pont en contreplaqué marine "résiné" sur les deux faces, sont stratifiés à la main (contact) par une équipe très expérimentée. Le flotteur est confectionné au chantier (rares sont les constructeurs anglais à ne pas sous-traiter leurs tubes) avec du tissu Orca 1 100 décitex (1 670 avec supplément). Le réservoir (en inox) de base a une capacité de 90 litres, ce qui est vraiment peu pour une motorisation haute (plus de 100 chevaux). Avec un 150 ch, il faudra opter d'emblée pour le réservoir optionnel de 180 litres… De toute façon, en fournisseur d'utilisateurs professionnels (comme les sauveteurs), le chantier de Yeovil est coutumier du sur-mesure. C'est ainsi qu'il propose une foule d'accessoires (mais pas de solariums ni de douchette, ce n'est pas le genre de la maison !) pour satisfaire au mieux le client. Comme il lui laisse un large choix pour les coloris de flotteurs, sans supplément, et moyennant finance, une autre couleur de gel-coat que le blanc standard. Le cockpit du Ribcraft de notre essai fait valoir une ergonomie bien étudiée pour se déplacer rapidement en mer formée, à quatre personnes. Les quatre sièges jockey sont bien disposés, et bénéficient tous d'une assez bonne protection de la console au pare-brise élevé. La petite poignée arrondie en inox qui se trouve derrière chaque dossier offre une bonne prise, et permet à deux passagers supplémentaires de naviguer debout, avec des bons appuis au sol, dans la partie libre du pont, à l'arrière. Ce "pack" comportant la console et quatre sièges jockey est facturé 5 805 €, ce qui porte le prix du bateau sans moteur à 18 755 €. Autres options montées sur notre bateau d'essai : le robuste roll-bar en inox équipé des feux de navigation et d'une bitte d'amarrage sommitale (parfaite pour le wake-board !), et les patches d'Hypalon (couleur orange) qui servent de renfort d'assise sur les flotteurs… Les déplacements à bord sont sécurisés par un antidérapant (projeté) efficace, mais les passavants, en raison de la largeur de la console et des dossiers enveloppants des sièges, sont très étroits. A l'aplomb du tableau arrière, dépourvu d'échelle de bain, on trouve les habituels vide-vite de fort diamètre que l'on peut obstruer avec les manchons d'Hypalon relevables, ainsi qu'un profond puisard pour limiter d'éventuels retour d'eau sur le plancher. Les semi-rigides anglais, et plus largement les modèles à caractère utilitaire, pêchent souvent par le peu de rangement qu'ils offrent. Le Ribcraft, sans se montrer généreux pour autant, propose quatre rangements secs dans les socles des jockeys, un volume en partie exploitable dans la console (câbles de commandes, filtre décanteur, batterie) et une profonde baille à mouillage.



photo Ribcraft 5.85 Pro


photo Ribcraft 5.85 Pro


photo Ribcraft 5.85 Pro


photo Ribcraft 5.85 Pro





Conclusion
Construit pour durer et endurer, le 5.85 Pro est typique de la production anglaise, avec sa carène en V profond et son cockpit aménageable à la carte. Capable de soutenir de belles moyennes dans des mers difficiles, il génère de belles sensations à la barre. C'est le genre de semi-rigide que l'on aimerait bien tester avec un hors-bord deux temps (Evinrude ou Mercury Optimax) qui garantirait, par sa légèreté, un meilleur équilibre longitudinal et un pilotage encore plus réactif.




Moteur
Appreciation
Mesures_dyn
Concurence
Mesures_stat