Essai 4XC H9

Opération séduction

Partant sans doute de l'adage "on n'est jamais si bien servi que par soi-même", Honda Marine est passé à l'offensive de la vente, en package, de semi-rigides haut de gamme. Et pour ce faire, le motoriste japonais a décidé de produire ses propres bateaux. Pour l'instant la gamme 4XC se limite à trois modèles. Voici l'essai du plus grand d'entre eux. Séduisant…

Texte Philippe Leblond – Photos Philippe Leblond et DR


 169 000 € avec 2 x Honda 250 ch 4T (tarif 2016)
 9.56 m
 14
 50,5 nds
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Paru dans le Pneumag n° 101 Mai/Juin 2014



Voilà une marque atypique, pour peu que l'on s'en tienne au sigle, pour le moins abscons (4XC = "for excellence"), ou au design qui se démarque des canons en vigueur. Sa genèse aussi n'est pas banale… Les premiers exemplaires de la série H ont été exposés il y a quatre ans, au Salon de Gênes, origines italiennes obligent. Car, même si le "commanditaire" est japonais, en l'occurrence Honda Marine, la fabrication se fait au chantier BWA, constructeur de semi-rigides réputé de l'autre côté des Alpes. Reste que l'identité des trois modèles H est bien distincte de celle des BWA. Par contre, il y a une vraie parenté esthétique entre les semi-rigides 4XC qui portent les mêmes couleurs et partagent la même silhouette. Le H9 est le plus grand des trois, dominant avec ses 9,56 m les H7 (7,72 m) et H8 (8,30 m). C'est aussi le seul bimoteur, présenté d'autorité par Honda avec la puissance maximale autorisée : 2 x 250 ch.
Cet ambitieux semi-rigide se signale par la qualité des finitions, notamment celle du polyester, pour lequel le chantier n'a pas reculé devant la complexité des formes et assuré un brillant impeccable. Le flotteur assemblé dans la longueur, malgré son diamètre variable (plus fin aux extrémités qu'au milieu), frise la perfection. De surcroît, le design sait faire preuve d'originalité, à l'image du traitement de la console, profilée en forme de rostre, du tableau de bord, ou des extrémités de flotteurs furtives, et la conception de sophistication, témoin la table du carré déployante, entièrement dissimulée sous l'assise de la banquette arrière. Certaines pièces d'accastillage relèvent également de cette audace créative, comme l'élégante échelle de bain avec son rangement dédié, ou la discrète delphinière avec son davier et son guindeau semi intégrés, sans oublier le repose-pieds escamotable, pour le copilote… Cette énumération, non exhaustive, confirme bien le H9 dans sa singularité, quand bien même la sphère des grands semi-rigides est propice à une certaine liberté d'interprétation.
La partie centrale du cockpit, bien encadrée par les larges montants d'un arceau mixte (polyester/inox), est le centre de vie du H9 au mouillage, grâce à la transformation de la banquette en un carré convivial, servi par un bloc-cuisine (évier, plan de travail, frigo, tablette apéritif) intégré au siège biplace de pilotage. La grande table, qui sert à la fois d'allonge pour le bain de soleil (lorsqu'elle est en position basse), bien que répondant à une cinématique sophistiquée, n'est pas simple à mettre en œuvre lorsque les coussins de la banquette sont en place. Autre reproche, les minuscules plates-formes de bain sont indignes d'un semi-rigide de ce format, alors que par ailleurs, la circulation à bord est aisée, grâce notamment aux passavants à deux marches qui conduisent au solarium de proue et aux apparaux de mouillage. Le guideau électrique, livré de série, est doté d'une commande à distance locale dont l'accès est un peu obstrué par la présence de la bitte d'amarrage.
Enfin, il y a la cabine, avec sa porte plexi coulissante qui libère une large ouverture vers les deux marches antidérapantes de la descente. A l'entrée, on trouve à bâbord un WC marin électrique dans son élégant coffrage noir et blanc laqué, assorti au placard qui lui fait face, sur bâbord. La grande couchette double est située dans la partie qui ne dispose pas de la hauteur sous barrots. Sur la cloison, les jauges des réservoirs d'eau douce (douche de pont) et d'eau noires (WC). Côté équipement, 4XC sait se montrer généreux. Le roll-bar inox avec son cabriolet, le réfrigérateur à tiroir (49 litres), la tablette de pique-nique, l'électronique de navigation (GPS Garmin Map 5008C), le gonfleur électrique intégré, ainsi que la hi-fi avec prise pour lecteur MP3 et commande à distance sont inclus dans la dotation de série.
Avec 25° d'angle de quille au tableau arrière, le H9 appartient sans ambiguïté à la catégorie des coques en V profond. Ce dessin de carène s'est avéré efficace dans le petit clapot et la houle de sud-ouest naissante rencontrés entre Sorrente et Capri. L'étrave élancée et fine coupe la vague en souplesse et défléchit efficacement les embruns. Par contre, le court pare-brise (plutôt un déflecteur) ne protège quasiment pas les pilote et copilote. Et compte tenu du dessin particulier de la console, il ne faut pas s'attendre à une amélioration future… En revanche, la position de conduite est agréable, que ce soit debout, grâce à l'assise relevable pour offrir un appui amorti, ou assis avec le concours du cale-pieds moulé à la base de la console. De son côté, si le copilote profite d'un repose-pieds astucieux, la main courante qui lui est destinée se trouve un peu loin… Le tableau de bord, bien que compact en raison de la porte de cabine, est bien agencé autour du combiné Garmin, et offre une bonne lecture de tous les instruments.
Les deux petits leviers du boîtier de commandes électroniques sont d'une douceur qui contraste avec l'impressionnante puissance qu'ils libèrent. Tandis que la mer défile sous l'étrave en mode accéléré, les deux V6 japonais, dont le chant en harmonie s'amplifie au fur et à mesure, propulsent sans faiblir les trois tonnes du H9 vers la barre symbolique des 50 nœuds. Un œil au compte-tours : 6 300 tr/min, soit le chiffre haut de la fourchette du motoriste. On peut donc imaginer qu'avec des hélices plus longues, le H9 pourrait encore gagner encore deux ou trois nœuds… Mais, pour ce qui nous concerne, point de vue vélocité, il y a ce qu'il faut ! Il suffit de relever les vitesses aux régimes de croisière, pour s'en convaincre : 28,1 nœuds au rythme le plus économique et 41,8 nœuds en croisière rapide ! Le pilote a donc le choix pour adapter son allure aux conditions de mer rencontrées. Ces performances de haut niveau nous laissent penser qu'un duo de BF200 pourrait aussi faire l'affaire… Autre motif de satisfaction, l'aisance du H9 dans les évolutions auxquelles nous soumettons tous les bateaux qui passent par nos mains. Hormis une tenue de cap perfectible avec mer et vent par le travers, c'est le sans faute. La réactivité du bateau aux réglages de trim, la capacité de sa carène en V profond à s'aérer, sa docilité, même dans les virages serrés pris avec beaucoup de gaz, sont autant de qualités qui rendent le plus grand des 4XC, excitant et facile à barrer.



photo 4XC H9


photo 4XC H9


photo 4XC H9


photo 4XC H9





Conclusion
Ce grand semi-rigide à forte personnalité ne peut laisser indifférent. Par delà son esthétique et des détails de conception audacieux, il assure l'essentiel : un niveau de performances en accord avec sa double motorisation, une capacité à dévorer les milles, dans le confort et à allure élevé, un confort en cabine permettant de s'adonner à la petite croisière en amoureux. Sans oublier son cockpit accueillant pour la famille et les amis, malgré une capacité de rangement limitée pour un semi-rigide de cette catégorie.




Moteur
Aime
Mesure
Concur
Stat