Essai Espadon 505

L'espion venu du sud

Le jeune chantier tunisien évolue à la vitesse grand V. Doué d'un sens aigu de l'observation et d'une réactivité peu commune, il est en train d'élaborer une gamme de semi-rigides qui devrait bientôt venir chatouiller les valeurs établies, et notamment les bateaux italiens dont il s'inspire. La preuve, ce petit 505 au caractère bien trempé.

Texte et photos Philippe LEBLOND


 14 900 € avec Suzuki 50 ch 4T (tarif 2006)
 5.05 m
 8
 29,7 nds

Suzuki-gif-540x145
Orca-logo_rvb

Paru dans le Pneumag n° 53 Mai/Juin 2006




En visite au chantier tunisien, l'année dernière (essai du 750 IB dans Pneu Mag n°47), j'avais été séduit par le dynamisme de son patron, et la puissance de travail de son équipe. Avec une humilité qu'il convient de souligner, Samir Azaiez nous avait témoigné son admiration pour l'expérience et la capacité à créer des constructeurs italiens. Un savoir-faire dont beaucoup de fabricants se sont inspirés… Le Tunisien se range d'emblée parmi eux. Sa production, encore marquée il y a peu par des effets de style « tunisiens » (choix des couleurs, dessin de l'accastillage), a évolué vers un look plus italien, plus en phase avec les marchés français et européen, sur lesquels il veut être présent. Le nouveau 505 témoigne de cette volonté d'offrir un produit plus « formaté », plus achevé. La silhouette du bateau est de fait pro italienne, même si l'on note une carène en V plus marqué que celles des semi-rigides transalpins. L'angle de quille est encore très marqué au tableau arrière, et nous avons constaté lors de notre essai, la nécessité de lui adjoindre un hors-bord suffisamment puissant, d'autant que la robustesse de la construction rend l'Espadon assez lourd, surtout si on l'équipe davantage. De ce point de vue, il faut considérer 50 ch, comme la puissance-plancher sur ce bateau. Car, il y a fort à parier, compte tenu de sa poupe peu porteuse, que la vitesse maxi (à peine 30 nds) chutera sensiblement avec quatre ou cinq passagers à son bord. Il nous semble qu'un 70 ch conviendrait mieux au 505, bien que le Suzuki 50 ch 4T n'ait pas démérité lors de notre essai, avec une vitesse maxi voisine de 30 nds. Bien que n'étant que deux à bord, avec un réservoir rempli au tiers, on a tout de même noté un certain manque de punch en sortie de virage, où le moteur a tendance à « s'asseoir », connaissant une remontée en régime laborieuse. Il faut dire que l'Espadon vire serré, aidé par une gîte intérieure marquée, bien cramponné à son V. Bref, sans opter pour la puissance maxi (90 ch), quelques chevaux en plus ne feraient pas de mal ! Cela se confirme avec le régime minimal d’hydroplanage, où le 50 ch a besoin de 3 800 tr/mn pour maintenir le bateau hors de l’eau, ceci venant en réduction de la plage de régimes utile. Par ailleurs, le comportement de l’Espadon est plutôt sportif, montrant un bon équilibre longitudinal qui le rend efficace et assez confortable, tant par mer de l’arrière que face à la vague (nez un peu léger tout de même). Son point faible est l’équilibre latéral, avec mer par le travers (un bon force 5, et 80 cm de clapot serré). Le bateau a tendance à basculer d’un côté ou de l’autre, de manière assez vive, au détriment de la tenue de cap. Le constructeur a prévu de redescendre le flotteur de quelques centimètres, ce dernier n’étant pas, il est vrai, au contact de l’eau, même à l’arrêt. Un « défaut » qui pourrait ne pas plaire aux pêcheurs ou plongeurs, souvent intransigeants sur la stabilité. Une solution qui mérite donc d’être testée…

Le cockpit bien dégagé de l’Espadon, qui dans sa version de base ne comporte qu’une « console debout » (boulonnée sur le plancher), laisse une bonne liberté de mouvements aux plaisanciers actifs (pêche, plongée, glisse). Les amateurs de farniente, eux, devront commander le support en polyester pour solarium sur la liste des options, laquelle propose également un leaning-post. La position de conduite debout est toutefois excellente, comme souvent sur les semi-rigide équipés d’une console «debout». Dommage pour le copilote que la main courante soit si près du pare-brise, qu’il ne puisse y glisser la main. La console possède un bon volume de rangement qui vient s’ajouter à celui des deux coffres de l’avant et du puits de mouillage. Le nez de l’Espadon est coiffé d’un support de davier en polyester suicomportant un taquet axial de bonne dimension.Tel quel, l’Espadon présente un profil de semi-rigide polyvalent, aménageable à la carte, doté d’un gros flotteur en tissu Orca et d’une carène marine qui devrait gagner en stabilité si l’on navigue chargé ou en équipage. Avec une homologation fixée à huit passagers, c’est dans ses cordes.

.



photo Espadon 505


photo Espadon 505





Maxi_08052008-172628aime