Essai Lomac Gran Turismo 14.0

La GT des mers

Avec près de 60 nœuds au compteur, le relief marin défile très vite. Mais tout est sous contrôle à bord du plus grand des Lomac, tant son comportement est magistral. Si sa silhouette est à couper le souffle, son plan de pont reste conventionnel et le standing de ses emménagements un peu en retrait.

Texte et photos Philippe Leblond


 498000 € (gel-coat blanc) 522000 € (gel-coat couleur) sans moteur
 13.64 m
 16
 56,4 nds avec 3 x Yamaha 425 ch 4T

Suzuki-gif-540x145
Orca-logo_rvb

Essai paru le 22/12/2018

Fiche technique

Longueur 13,64 m
Largeur 4,15 m
Largeur intérieure 2,71 m
Diam. maxi des flotteurs 72 cm
Nbre de compartiments 8
Puissance maxi 3 x 425 ch (938,4 kW)
Puissance conseillée par Pneumag 3 x 300 à 3 x 425 ch
Poids sans moteur 5800 kg
Rapport poids/puissance 5,6 kg/ch (avec le moteur de l’essai)
Nombre de personnes 16
Couchage 2
Charge utile 0 kg
Matériau flotteurs CR/CSM Orca 1 670 décitex
Capacité carburant 1000 l
Catégorie CE B
Constructeur Lomac Nautica Srl (Italie)
Importateur Stélie Nautic + revendeurs
Droits annuels sur la coque 573 €
Droits annuels sur le(s) moteur(s) 3 432 €



Sa ligne happe les regards dès sa première apparition. Nous avons découvert ce splendide Gran Turismo lors des essais presse du nouveau Yamaha XTO, ce terrible V8 qui développe à lui seul 425 chevaux. Avec trois exemplaires de ce spécimen sur son tableau arrière, soit la bagatelle de 1 275 chevaux, c’est peu de dire que le Gran Turismo 14.0 en impose… Quelle présence ! En tout cas, nous allons voir que le concernant, le terme de « grand tourisme » n’est pas usurpé, les milles à son bord défilant à un rythme irréel, sans porter atteinte au confort des occupants. Allegro fortissimo !



A 4 000 tr/min, les V8 en ont encore dans le ventre



En mer, nous avons pu apprécier les GT 8.5 et GT 10.5… Mais, ils font aujourd’hui figure de mises en bouche en comparaison du grand-frère, véritable plat de résistance servi par le chantier milanais qui en connaît un rayon pour ce qui est de concocter de bons semi-rigides. Avec ses presque 14 mètres, le vaisseau-amiral de Lomac en jette, mais avec classe… Si la silhouette est sportive, elle n’en demeure pas moins élégante, fluide, dénuée d’artifices, et tire aussi parti de la jolie courbe formée par le pare-brise se prolongeant en un hard top qui ne grève pas l’équilibre esthétique, bien au contraire.



Mais, trêve de contemplation, le moment est venu de faire parler les V8. Et, là aussi, on ne va pas être déçus ! L’impression de puissance dégagée par les nouveaux Yamaha est phénoménale. Le temps d’un subtil cabrage et d’un grondement rageur, nous voilà déjà propulsés hors de l’eau. En moins de 5 secondes, les quasiment 8 tonnes de l’ensemble en ordre de marche son déjaugées et dévorent les flots vers le large, ajoutant des dizaines de nœuds comme on enfilerait des perles : 20, 30, 40, 50… Les trims sont déjà montés d’un cran depuis les 4 000 tr/min. On en rajoute une louche pour extirper les ultimes ressources des V8, et le GPS fixe sa meilleure marque à 56,4 nœuds. Un antifouling éphémère nappant la carène du grand Lomac, pour le temps passé à flot lors des salons d’automne, doit coûter un ou deux nœuds de V-Max, aux dires de Richard Lapène, habituel pilote Lomac lors des essais presse. Renseignement pris par la suite, lors des tests chantier, le GT 14.0 aurait atteint 58,9 nœuds avec trois personnes à bord (une de plus), mais moins de carburant (250 litres, au lieu de 750 litres lors de notre test). Question rendement, même si les chiffres de consommation cumulés donnent le vertige, avec 418 litres/heure à pleins gaz (!), il convient de relativiser et de regarder du côté du meilleur rendement, avec 0,24 mille parcouru par litre consommé à 3 000 tr/min, soit à 25,5 nœuds. La consommation n’est plus alors « que » de 105 l/h, autrement dit 35 l/h par moteur. Voilà qui démontre l’efficience du XTO dans ce domaine en dépit de son énorme cylindrée…



Mais laissons les chiffres de côté pour dire notre plaisir de naviguer aux commandes d’un tel bateau. La carène, à l’image de celle des semi-rigides de la série Adrenalina du même chantier, tutoie la perfection. Le « toucher de mer » est encore un régal avec cette carène que l’on sent vivre et obéir instantanément à toutes les sollicitations du pilote, que ce soit sur la barre ou les accélérateurs. Même à 4 000 tr/min, lorsqu’on pousse à fond les commandes électriques du trio de Yamaha, la poussée est encore impressionnante ! L’inscription en virage est limpide, avec une étrave qui guide toute la quille avec une précision diabolique. La gite modérée, en raison du gabarit du bateau, n’empêche pas un grip ferme mais pas brutal, tandis que la gestion électronique évitant les surrégimes du moteur extérieur au virage (car avec le déport, son hélice est moins immergée) permet de ressortir énergiquement des courbes les plus serrées. Pour ne rien gâter du plaisir du pilote, la sonorité des monstrueux V8 est à la hauteur avec des vocalises qui passent du grondement sourd et rageur dans les bas et moyens régimes aux envolées lyriques lorsque le compte-tours grimpe vers la zone rouge. Sympa ! Autre bon point, la souplesse de passage dans le clapot avec une carène qui découpe plus qu’elle n’affronte les éléments, en l’occurrence un moyen clapot et de gros sillages de vedettes. Et de retour au port, le pilote, s’il est peu expérimenté, peut disposer de deux précieuses « béquilles » afin d’éviter de cafouiller son accostage : propulseur d’étrave et Helm Master (joystick de manœuvres). Quand l’on vous dit qu’à bord de cette GT des mers tout est sous contrôle !     



Deux solariums pour les fans de séances UV



Après ce galop d’essai qui restera dans les mémoires, passons à la revue de détail… L’embarquement se fait via une discrète passerelle en carbone qui s’avère à la fois esthétique, légère et pratique (une option à 7 635 € !). L’absence de « passage » dans le matelas du grand solarium de poupe oblige à fouler sa sellerie ainsi que celle de la banquette pleine largeur. La plate-forme de bain avec échelle intégrée, qui sert de chaise aux trois hors-bord, permet de passer d’un bord à l’autre. Le mât de ski culmine suffisamment haut pour permettre aux amateurs de wakeboard d’envoyer des figures. Connectée à un réservoir d’eau douce de 170 litres (un peu juste pour un bateau de cette ampleur), la douche de pont peut aussi fournir de l’eau chaude (option). Le spacieux solarium arrière abrite une immense cale compartimentée. On y trouve, entre autres, le gonfleur électrique, les batteries, les filtres à essence et surtout le générateur Mase de 3,5 kW, nécessaire lorsque tous les équipements optionnels figurent à bord, tel que climatisation, plaques de cuissons électriques, propulseur d’étrave et autre chauffe-eau. La découpe que l’on perçoit dans le teck, juste en avant du seuil de la banquette n’est autre que la table de dînette, qui s’extrait du pont par la grâce d’un vérin électrique dont la commande est au tableau de bord. Malgré les petits retours latéraux de la banquette, le salon de pont est un peu étriqué pour un semi-rigide de 14 mètres. On peut y prendre place à six ou sept adultes, pas davantage, ce qui est peu au regard des bateaux concurrents. Et une fois la table en place, il ne reste pas beaucoup de place pour accéder aux deux réfrigérateurs/congélateurs adossés au siège de pilotage. Le haut de ce bloc-cuisine dispose d’un évier avec planche à découper et d’une plaque de cuisson à induction (option). De part et d’autre de ce mobilier, les passavants sont assez larges menant aux trois marches qui accèdent au pont avant recouvert d’un second grand matelas pour le bain de soleil. Une découpe dans celui-ci permet l’ouverture du hublot de la cabine. La pointe avant, extrémité d’un long module en polyester qui enserre le solarium, intègre le guindeau électrique et son ancre sortant de l’écubier d’étrave. Deux bittes d’amarrage situées dans le puits du guindeau permettent d’amarrer l’avant directement au travers de la coque, sans risque de voir les bouts raguer sur les flotteurs. On trouve cependant deux beaux taquets rétractables sur la delphinière. Bien entendu, le guindeau peut être manœuvré localement à l’aide d’une télécommande filaire.    



Un lit king size pour les croisières en amoureux



Avant de descendre dans la cabine, attardons-nous au poste de pilotage… L’ergonomie de conduite offerte par le siège moelleux et légèrement enveloppant, est très satisfaisante, qu’on barre debout ou assis, grâce à la demie assise relevable. Il est possible de parfaire sa position en utilisant le réglage d’inclinaison du volant. Les commandes électriques tombent bien sous la main droite, de même que les joysticks du Helm Master et du propulseur d’étrave. Autre point positif, malgré le pare-brise franchement incliné, la vision vers l’avant est nickel. Le siège copilote offre un confort identique à ceci près qu’il ne dispose pas de repose-pieds. Autre impasse gênante sur un tel bateau, l’absence de vide-poches… Pour ce qui est du tableau de bord, il est plutôt spacieux, donnant la possibilité d’intégrer une centrale de navigation à grands écrans, en l’occurrence deux Garmin de 10 et 12 pouces, côte-à-côte s’il vous plaît ! 



Après avoir poussé la porte coulissante, nous descendons dans la cabine. Petite déception concernant les aménagements et la déco. Le GT 14.0 n’est pas aussi inspiré, ni aussi luxueux qu’un Sacs dans son espace de vie intérieur. On aurait aimé quelque chose de plus cossu, ou de plus high-tech… Certes, le bois ne manque pas (plancher en teck, cloisons en noyer américain), mais un vaigrage en Alcantara aurait donné une touche plus cosy que le polyester nu. Un bon point pour les petits placards, bien qu’une penderie aurait aussi été appréciée… La hauteur sous barrots culmine à 1,78 m, idem dans la salle d’eau qui comporte une cabine de douche, un lavabo et un WC marin électrique relié à un réservoir d’eaux noires de 80 litres. Un long vitrage de console apporte un éclairage naturel abondant, mais on ne trouve pas de hublot ouvrant pour créer un courant d’air. La partie couchage profite elle aussi de bandeaux vitrés, et d’une couchette double au format king size : 205 x 195 cm ! De quoi larguer les amarres pour une croisière en amoureux, sans trop se soucier des distances puisque l’autonomie à 25,5 nœuds dépasse les 200 nautiques.    



 



 



photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0


photo Lomac Gran Turismo 14.0





Conclusion
Généralement, le plaisir de pilotage décroît en proportion de la longueur des bateaux, mais ce nouveau Lomac de 45 pieds fait exception à la règle. Les sensations à la barre restent très présentes, de même que le plaisir de la glisse à haute vitesse. Son potentiel en navigation est énorme, avec des moyennes quasi inédites pour un semi-rigide de cette dimension sur de longs trajets. Pourtant, le GT 14.0 hésite entre day-boat XL et semi-rigide de croisière. Pour sa longueur, son plan de pont n’est pas des plus généreux en places assises, à l’image du carré et sa modeste capacité d’accueil, tandis que sa cabine n’est pas la mieux dotée en volume habitable dans sa catégorie. Mais, tel quel, quel bateau !




Qualité de réalisation      

Comportement          

Performances          

Equipement        

Adéquation programme        

Rapport qualite/prix      

La ligne élégante et sportive
Le pilotage et les performances « scotchant »
La position de pilotage assis et debout
La grande surface de bain de soleil
Le pont en vrai teck livré standard
La plate-forme de bain malgré les trois moteurs
La déco intérieure peu inspirée
Le salon de pont pas des plus généreux
La capacité d’eau douce un peu juste
L’oubli du repose-pieds pour le copilote
L’absence de vide-poches au tableau de bord
Hard-top avec essuie-glace et brosse anti-rayures : 31 000 €
Propulseur d’étrave : 7 000 €
Système d’amarrage avant dans puits de mouillage : 3 000 €
Air conditionné : 7 500 €
Groupe électrogène : 17 000 €
Passerelle d’embarquement en carbone : 7 635 €
Plaques de cuisson à induction : 3 340 €
Radio FM-AM Fusion Bluetooth 4 HP : 1 500 €
Mât de ski : 1 810 €

Face a la concurrence…

Modéle Mito 45 Strider 15 43 Luxury Cabin
Marque MV Marine (Italie) Sacs (Italie) Nuova Jolly (Italie)
Imporlation AGP Boats + revendeurs Réseau de revendeurs FBM (06-Mandelieu La Napoule)
Longueur 13,80 x 4,18 m 15,03 x 4,50 m 12,90 x 4,00 m
Nb de personnes 20 16 18
Matériau flotteur CR/CSM CR/CSM CR/CSM
Prix 319 000 € (sans moteur) 672 000 € avec 3 x 350 ch 400 894 € (sans moteur)
Ft_yamaha
Mes_dyn_lomac
Mes_stat_lomac