Essai Magazzu M11 Coupé

Dolce vita obligatoire

Ce semi-rigide grand format est l'assurance de rêver éveillé. Le luxe est partout, sans pour autant faire l'impasse sur la performance. Avec 45 nœuds au compteur, une autonomie de plus de 300 milles en croisière et une vraie cabine tout confort, les prestations sont celles d'un yacht de sport. Bref, l'art de vivre la mer… à l'italienne.

Texte Philippe Leblond - Photos Philippe Leblond et Jacques Anglès


 234 000 € avec 2 x 300 ch essence (tarif 2016)
 10.9 m
 18
 45,1 nds avec 2 x CDM 320 ch diesel

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Paru dans le Pneumag n° 61 Septembre/Octobre 2007




Les deux compte-tours affichent 3 500 tr/mn. Dans le même temps, notre GPS nous donne une vitesse de 35 nœuds. Les diesels CMD ronronnent discrètement, et point n'aient besoin d'élever la voix pour échanger nos impressions (favorables), les reins bien calés contre le rembourrage du leaning-post. Ce grand semi-rigide construit à Palerme (Sicile) domine le clapot en douceur, la carène haute et bien dégagée faisant naître la vague d'étrave loin en arrière. à cette allure, la consommation cumulée des Cummins reste relativement raisonnable (environ 80 l/h) et, au départ de La Ciotat, Calvi n'est qu'à 3 heures… à 2 800 tr/mn, le rendement est encore meilleur, et l'autonomie s'établit à environ 320 milles. De quoi espacer la corvée des ravitaillements ! Et en cas d'urgence, il en reste « sous la main » puisque nous avons relevé 45,1 nds au régime maxi. Sans l'imposant T-top (une option coûteuse), on peut rajouter trois nœuds à cette marque, ce qui classe le Magazzu parmi les GT de la mer. Si la motorisation diesel est sans doute la mieux adaptée à la longue croisière, les amateurs de vitesse auront encore la possibilité d'affoler le GPS avec des V8 essence, en l'occurrence les Mercruiser 496 Magnum, plus légers et qui développent 425 ch chacun. De quoi envisager la vitesse de 55 nœuds revendiquée par Cantieri Magazzu ! Par contre, la consommation, malgré l'injection électronique multipoint, sera sensiblement supérieure… Notre bateau d'essai était doté d'embases Z-drive Mercruiser Bravo One. De quoi assurer un déjaugeage complet en l'espace de 7 secondes. Honorable vu le poids de ce méga semi-rigide. Un chrono qui sera sans doute amélioré en optant pour les Bravo Three à double hélice. Reste qu'avec ce type de propulsion, ce Magazzu de 11 mètres est un vrai « vélo ». Il nous a littéralement bluffés par sa maniabilité, enchaînant les virages comme un slalomeur aux Jeux Olympiques. Les changements d'appuis se font avec une aisance sidérante, sans aucune inertie, et du fait de la gîte intérieure marquée, le M-11 Coupé vire dans un mouchoir, avec un rayon bien plus court que certains semi-rigides de gabarit plus courant. La barre, hyper réactive mais toujours douce et précise, se manie avec un plaisir évident. Ce tempérament joueur, témoigne d'une carène bien née. Une impression confortée dans un clapot, certes modeste, mais révélateur. Le confort reste intact. La seule réserve que l'on puisse émettre touche à la tenue de cap à la vitesse maxi, lorsqu'on trime franchement pour aller chercher les derniers tours-minute. Avec la mer par le travers, le nez a alors tendance à louvoyer un peu, mais sans présenter un quelconque danger. Autre remarque : le cabrage lors du déjaugeage qui limite la vision vers l’avant… Il convient d’accélérer franchement pour limiter à son minimum le temps d’accession à l’hydroplanage. Sous la poussée énergique des turbos, la reprise d’assiette se fait rapidement. Pour ce qui est des manœuvres, là encore, le Magazzu se montre à son avantage. En mettant du gaz (1 000 tr/mn) et en jouant des inverseurs, il pivote sur lui-même sans difficulté (21 secondes pour faire un 180°). Un atout pour manœuvrer dans un espace réduit avec du vent latéral. En approche du poste d’amarrage, il est nécessaire de repasser régulièrement au point mort pour casser la vitesse mini (4,2 nds au ralenti). Pour en finir avec le pilotage, mention bien à la position de conduite, en tout point exemplaire grâce au leaning-post doté d’une demie assise relevable et d’un repose-pieds escamotable en teck. Amarré près de la capitainerie de La Ciotat, le Magazzu produit son effet. La ligne est d’une rare élégance, et la finition générale impressionne la rétine du connaisseur. La plate-forme de bain comporte un long coffre « humide » pour le matériel de pêche ou de plongée ainsi que les amarres. Elle dépasse généreusement les cônes du flotteur servant de protection aux embases des moteurs en cas de marche arrière maladroite, et s’habille de teck massif, à l’exemple des passavants et des passages latéraux, qui évitent de piétiner le solarium. Ce dernier recouvre le compartiment moteur dont la partie avant est parée d’une cloison délimitant un grand espace de rangement mais amovible lorsqu’on doit intervenir sur les moteurs. En l’occurrence, deux diesels CMD (Cummins Mercruiser Diesel) qui trouvent facilement place dans cette spacieuse cale bien organisée où les filtres à gazole sont bien en évidence. La banquette arrière, en arc de cercle, qui abrite un profond coffre, est adossée au bain de soleil dont le matelas est pris dans des glissières, de telle sorte qu’il ne peut s’envoler, même à la vitesse maxi. Deux tables amovibles sur colonnes composent un carré convivial, flanqué d’une kitchenette de plein air qui comporte un petit évier, un réchaud à gaz et un frigo de 40 litres. Le plan de travail en Corian rouge, accessible en basculant l'assise du leaning-post vers le volant, jette une note de couleur qui, avec le teck du cockpit, compose un environnement chaleureux et élégant. Le leaning-post biplace, doté d'une assise relevable, est encadré par les puissants supports en inox du T-top dont la toile est la même que la sellerie des sièges ; une sorte de skaï pigmenté gris métal, très tendance. Le poste de pilotage, bien que flanqué sur la gauche de la porte coulissante de la cabine, ne manque pas de place pour permettre un agencement fonctionnel des différents instruments de contrôle des moteurs et de navigation, au rang desquels un GPS traceur et une VHF fixe, sans oublier le compteur de chaîne digital du guindeau électrique entraînant l'ancre à poste dans son écubier d'étrave. La commande électrique du guindeau est d'ailleurs répétée près de la delphinière. Ce dispositif est livré de série, de même que la kitchenette, les tables du carré, les douches extérieure et intérieure, l'éclairage de courtoisie dans le cockpit, le teck des passavants et de la plate-forme de bain, les prises 220 V, le gonfleur électrique, le taud de console… Bref, une riche dotation d'origine, qui n'empêche pas le chantier sicilien de proposer jusqu'à 75 000 € d'options, au rang desquelles le générateur de 3,5 kW (il faut bien animer tous les équipements de confort !) facturé à lui seul 12 000 €, est la plus coûteuse. Facilement accessible par les larges passavants, via deux marches couvertes de teck, le vaste solarium occupe tout le pont avant qui abrite la cabine. Une cabine et une vraie ! Ce petit studio que compose l'espace à vivre du Magazzu affiche une hauteur sous barrots de 1,73 m à l'entrée (1,68 m dans la salle d'eau) où l'on trouve une très grande couchette double, une banquette de lecture et un cabinet de toilette avec lavabo, douche et WC marin. Un grand capot de pont circulaire est là pour la lumière naturelle et la ventilation. De nombreux rangements sont dissimulés par une déco très actuelle (habillage en wengé), et le cabinet de toilette, doté d'une couche, présente un lavabo à vasque apparente dont le mitigeur à flexible sert pour la douche. En cas de mauvais temps, l'ambiance ne sera pas morose pour autant : une chaîne stéréo (CD et MP3) et une TV à écran plat LCD avec lecteur DVD feront diversion..



photo Magazzu M11 Coupé


photo Magazzu M11 Coupé


photo Magazzu M11 Coupé





CONCLUSION
Silhouette de rêve, finition haut de gamme, équipements pléthoriques, pilotage attrayant, comportement homogène, performances au top… De retour au port, il faut se faire violence pour rendre les clés à l’importateur ! Superbe machine à dévorer les milles, le M-11 Coupé dispose du confort et de l’autonomie nécessaires pour s’adonner à la grande croisière. Pour ceux qui visent plutôt un programme à la journée, il existe aussi avec des hors-bord (bi ou trimoteur) et dans une version Spider, sans cabine, avec une console centrale conventionnelle (25 000 c de moins avec la même motorisation).




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