Essai Mar.sea Elite 100

Version courte ou longue ?

Les deux plus grands Mar.Sea sont en fait un seul et même bateau auquel a été rajoutée, pour la version Elite 100, une imposante plate-forme de bains qui vient ceinturer ses deux moteurs hors-bord. Cette rallonge vient en complément d'un cockpit convivial et plus luxueux que celui du 85, sans pour autant en faire un vrai 10 m. C'est le budget qui départagera…

Texte Philippe Leblond – Photos Philippe Leblond et Jacques Anglès


 96 900 € sans moteur (tarif 2009)
 10.0 m
 16
 50,8 nds avec 2 x Evinrude 250 ch E-Tec 2T

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Paru dans le Pneumag n° 73 septembre/octobre 2009




Mar.Sea a intégré, voilà à peine deux ans, deux modèles d'un autre constructeur italien du nom de Fire Wake, dans le but de pouvoir proposer un haut de gamme plus rapidement qu'en passant par la conception et la production de deux grosses unités. Les Elite 85 et 100 viennent donc se positionner au-dessus du SP 170 (7,49 m). Comme nous l'avons dit plus haut, l'élément majeur qui distingue le 100 du 85, qui partagent la même carène et le même plan de pont, consiste en une vaste plate-forme de bain percée d'un "puits" pour la double motorisation, en l'occurrence deux Evinrude 250 ch, pour notre modèle d'essai. L'autre différence réside dans l'adoption en standard de plusieurs équipements qui ne figurent qu'en option sur l'Elite 85. A l'équipement standard du 85, l'Elite 100 ajoute en effet quelques options intéressantes : taud de soleil à arceaux inox, guindeau électrique et ancre inox, pont en teck, évier et réchaud à gaz pour la kitchenette, douche de pont… Concernant cette dernière, on peut tout de même s'étonner quelle ne figure pas dans la dotation de série d'un semi-rigide de 8,50 m ! L'Elite 100 partage quelques unes des options du 85 : bâche de console, WC marin, mât de ski et taud d'hivernage sont en supplément. Il n'en reste pas moins que ces deux modèles, même sans l'équipement additionnel, affichent un confort appréciable dans l'optique d'une utilisation voulue avant tout familiale. Passons à la revue de détail que nous avons effectuée à bord de l'Elite 100. L'accès par l'arrière, à partir d'un quai, est rendu particulièrement aisé grâce à la plate-forme qui vient ceindre les deux Evinrude 250 ch (le 85 propose deux petites plates-formes rapportées). Recouverte de teck, elle apparaît particulièrement rigide, et pour cause, elle n'est pas seulement boulonnée, mais aussi stratifiée sur le tableau arrière. Elle comporte d'ailleurs un panneau relevable pour permettre la remontée des moteurs au mouillage. La circulation à bord constitue l'un des points forts du Mar.Sea, avec l'utilisation d'un arceau porte-antennes à la fois bien dessiné (clin d'œil aux Sunseeker ?) et dotés de supports rapprochés laissant de larges passages sur chaque bord du bateau, avec des plats-bords recouverts de teck massif (comme tout le pont d'ailleurs) entre la banquette et la plage de bain. Dans le passage bâbord se trouve la douche de pont.

Un grand module en polyester aux formes douces sert d’écrin à l’interminable banquette arrière (quatre mètres de long !) et incorpore astucieusement le cabriolet réalisé sur mesure pour s’y dissimuler. Ce moulage supporte également les taquets inox de la poupe et les deux orifices de remplissage des réservoirs d’essence (attention aux coulures sur le flotteur !) dont la capacité totale s’élève à 500 litres. L’intégralité du socle de la banquette donne lieu à un coffre à plusieurs ouvertures. Les deux coffres latéraux sont en fait des compartiments techniques abritant, d’une part trois batteries (une pour chaque moteur, une pour le service), de l’autre, les deux réservoirs d’huile et les filtres à carburant.

En position centrale, trône le poste de pilotage, légèrement surélevé par rapport au plancher. On note tout de suite la faible emprise au sol du leaning-post dont la forme s’évase vers le haut. Malheureusement, l’assise n’est pas assez large pour accueillir un copilote… Le corps du siège est mis à profit pour intégrer les trois équipements de la kitchenette : à la base un mini frigo et dans la partie supérieure, un petit évier et un réchaud à gaz un feu. Ce qui nous amène à remarquer l’absence de table de pique-nique, tant à l’avant qu’à l’arrière où la place ne manquait pas pour un coin repas… Il est toujours possible d’embarquer une petite table de camping que l’on stockera aisément dans l’immense soute avant, sur laquelle repose un solarium "king size". L’ambiance à bord est résolument orientée "farniente" avec ce grand bain de soleil et la radio/lecteur CD dont les quatre haut-parleurs se répartissent entre l’avant et l’arrière. Pour les sorties nocturnes, l’éclairage de courtoisie (leds) dans le cockpit et dans les passages arrière est aussi de la partie.

En matière de construction et de finition, le travail semble sérieux, à quelques petits détails près, notamment en ce qui concerne les bordures du pont en teck et la sellerie un peu mince et qui "frise" un peu. Par contre, le polyester témoigne d’un démoulage propre et brille d’un gel-coat sans défaut. Quant au flotteur en tissu Orca, il n’y a rien à redire : coupe (en long), assemblage et collage des accessoires (saisines, valves, delphinière) sont impeccables. Du côté de l'accastillage aussi, Mar.Sea a bien fait les choses avec, de série, un guindeau électrique commandant une ancre traversante à poste sur écubier d'étrave, un petit socle de proue supportant un large taquet et un petit davier pour filer un second mouillage, des mains courantes inox de part et d'autre de la console et au dos du pilote (mal placée toutefois), l'arceau polyester avec ses feux de navigation. Bien installé derrière le volant vertical, les deux commandes de gaz à bonne distance, et un léger retrait de la base de la console autorisant de bons appuis au sol, le pilote, à l'abri d'un pare-brise profilé jouit d'un bon champ de vision et d'une lecture aisée des cadrans de contrôle des moteurs, placés bien au-dessus du volant. En revanche, avec le nombre d'instruments analogiques d'une double motorisation, il n'y a pratiquement plus de place pour intégrer, ou poser, un éventuel GPS ou sondeur. à revoir… Sur notre Elite 100, la propulsion confiée à deux Evinrude 250 E-Tec est encore à 100 chevaux du maxi autorisé. Mais, nous allons voir que 500 chevaux suffisent amplement à faire de ce petit 10 mètres une véritable bombe. Avec pour commencer un temps de déjaugeage rarement vu sur un semi-rigide de ce gabarit : 3''2 ! Et bien sûr, une vitesse de pointe qui fait tomber la barrière symbolique des 50 nœuds, malgré une mer peu coopérative (pas moins de 60 cm de creux). à côté de ses performances très sportives, le comportement en revanche peut paraître assez terne. L'Elite 100 n'est pas des plus communicatif en termes de feeling à la barre. Sa carène est assez peu sensible aux réglages de trim et donne l'impression de conserver un contact important avec l'eau. Toutefois, il n'en reste pas moins maniable et docile, que ce soit face à la vague avec une assiette et un cap imperturbable, ou en virage serré, où malgré une gîte intérieure modérée, il tourne dans un rayon assez court, aidé par une légère glisse qui ne pénalise aucunement la précision du guidage de la quille, en raison de sa neutralité. En tout cas, même avec une remise de gaz énergique et un trim au neutre, nous n'avons pas constaté de ventilation. Le punch des 2-temps relance sans faiblir en sortie de virage et garantit une réponse vive au gaz. De son côté, l'Elite 850 s'est montré tout aussi homogène en navigation rapide, voir sportive. Et avec 100 chevaux de moins, il a signé des perfs de haut niveau : 46 nds en pointe et 3''8 au déjaugeage ! De quoi rendre jaloux quelques semi-rigides aux prétentions plus sportives. Mais, ce qui nous a le plus intéressés dans ces deux essais, c'est le confort dispensé en vitesse de croisière dans les deux cas avec une mer capricieuse. Voilà de quoi envisager de belles balades dans les criques lointaines, sans garder l'œil fixé sur le baromètre. .



photo Mar.sea Elite 100


photo Mar.sea Elite 100


photo Mar.sea Elite 100





CONCLUSION

Les deux Elite qui sont passés par nos mains nous ont laissé une impression favorable, surtout pour ce qui est du confort à la mer. Concernant la plate-forme du 100, nous ne nous sommes pas laissés séduire. Car, au-delà d’une esthétique discutable, le 100 ne propose pas plus d’espace dans le cockpit que le 85, et cette plage de bain entraîne une surtaxe qui n’est pas anodine. Par ailleurs, les quelques options, certes coùteuses, que propose l’Elite 100, ont du mal à justifier un écart de prix de près de 30 000 euros !




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