Essai Narwhal Fast 1100

Olé !

Avec sa longue carène en forme de glaive, sa double motorisation et ses performances ébouriffantes, le second Narwhal par la taille (le plus long fait 12 m !) est une machine pour défier la mer. Aux commandes du semi-rigide espagnol, une seule envie : vous lancez à l'assaut des vagues, tel un toréador des flots !

Texte et photos Philippe Leblond


 36 348 € sans moteur (tarif 2016)
 11.02 m
 27
 43,6 nds avec 2 x Yamaha 200 ch 4T

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Paru dans le Pneumag n° 79 Septembre/Octobre 2010



Sa silhouette est interminable. Son étrave qui remonte vers le ciel semble lancer un défi aux éléments. Mais ce qui surprend le plus, c'est l'étroitesse du Fast-1100 malgré ses 11 mètres de long. Ce semi-rigide est comme une épée destinée à couper la mer lors de rapides navigations hauturières. À voir cette coque atypique, dont les boudins sont loin de toucher l'eau, on se demande si elle ne va pas manquer de stabilité à l'arrêt. Bonne surprise, ce n'est pas le cas, que l'on embarque par le flotteur ou que l'on se déplace d'un bord à l'autre, ça tient. Il est vrai que son dessin de carène comporte deux larges bouchains inversés, et un V évolutif qui, s'il est très fermé à la proue, s'ouvre jusqu'à environ 18° au tableau arrière. Sans ces deux caractéristiques, le Narwhal gîterait à coup sûr… Voyons sans plus tarder ce que promet cette carène en action ! Avant même d'avoir poussé les accélérateurs, on constate qu'à 5 nœuds, le Fast-1100 déambule parfaitement stable, ces flotteurs touchant tout juste la vague de sillage créée par le tableau arrière, et un léger cabrage. Après s'être suffisamment éloignés du port, nous faisons "causer" les deux V6 Yamaha… La poussée est franche et le bateau déjauge en à peine plus de 4 secondes, un temps canon pour une unité de cette taille, chargée de 800 litres d'essence et de sept passagers ! Du fait d'un faible cabrage et d'une reprise d'assiette très douce, le bateau "monte" sur l'eau sans que l'on s'en aperçoive… Les 400 chevaux continuent de pousser furieusement jusqu'au régime maxi de 6 000 tr/min, bien trimé. Notre GPS indique 43,6 nds. Une valeur assez courante de nos jours, mais qu'il faut remettre en perspective. Sans antifouling et avec seulement deux personnes à bord, le Fast-1100 est un bateau qui vaudrait 50 nds. Et, autre bonne nouvelle, pour les amateurs de runs musclés, il est possible de monter 2 x 250 ch. Avec 100 chevaux de plus, c'est encore au bas mot 5 nds de gagnés. Et un semi-rigide de 11 mètres dans cette sphère de vitesse, avec "seulement" 500 ch, c'est plutôt rare… Le secret du Narwhal ? Sa légèreté record – il fait le poids d'un 8 m - et un rapport poids/puissance, avec les deux Yam, qui passe sous les 4 kilos par cheval ! Même s'il donne l'impression de pouvoir supporter plus que les 500 ch de l'homologation, il n'en a nul besoin.
Pour en terminer avec les performances, signalons sa solide autonomie : 350 milles à 27 nds, il est vrai avec un réservoir généreux. Ces chiffres ouvrent de belles perspectives, des horizons lointains… Et ce n'est pas le comportement, superbe, du Fast-1100 qui sera un frein à ces raids en haute mer. Bien que nous ne l'ayons pas essayé dans des conditions difficiles, loin de là, il nous a semblé proche de la perfection. Pas de faiblesse à l'horizon, que ce soit en virage, où il est capable d'enchaîner les évolutions serrées avec une aisance remarquable, sans déclencher la ventilation des hélices, même lorsqu'on remet les gaz sans ménagement, ou dans le clapot qu'il semble ignorer, comme dans les sauts, sur le sillage d'une grosse vedette militaire… Équilibre parfait, retombée en souplesse et sans écart de direction, absence de marsouinage sur les régimes intermédiaires… Bref, le Fast-1100 a tout bon, jusque dans l'agrément qu'il dispense lors de balades au régime de croisière, où le ronronnement des V6 sait se faire discret. Reste l'inspection détaillée au quai du Yacht Club de Vigo. Première remarque : notre bateau d'essai est aménagé façon "day-charter" (promenades collectives tarifées, à la journée) avec deux rangées, parallèles, de six sièges jockey. Du fait de l'étroitesse relative du cockpit, on manque un peu d'aisance dans les déplacements, surtout en arrivant dans la partie avant, ce qui n'est pas le cas à la poupe, où la console et le leaning-post (celui-ci est un petit biplace) laissent des passages plus généreux. Chaque siège bénéficie d'une assise ergonomique (l'avant de la selle s'affine pour limiter l'effet "cowboy") et de solides poignées inox. Les douze passagers potentiels prennent place en avant du poste de pilotage, situé très en arrière. Pour autant la visibilité n'est pas mauvaise, et le tableau de bord, comme le pilote, sont protégés par un haut pare-brise. Par contre, la lecture des instruments n'est pas idéale (cadrans cachés par volant) et il est impossible d'encastrer des aides électroniques à la navigation. Le rebord supérieur de la planche de bord peut toutefois accueillir un GPS et un sondeur sur étrier. Dommage aussi que la console n'effectue pas de retrait au niveau des genoux car, pour le reste, la position de conduite est agréable. Les flotteurs en PVC encadrent un cockpit profond, très sécurisant, la coque formant des francs-bords sous les tubes implantés très haut. Le plancher en contreplaqué marine stratifié est recouvert d'un antidérapant à la silice, peu esthétique mais efficace. Surmonté d'un roll-bar sans prétention, le tableau arrière est devancé d'une cale technique prenant toute la largeur (batteries, filtres, poires d'amorçage…), et percé de gros vide-vite dotés de manchons d'évacuation relevables. La finition du flotteur est impeccable (dommage qu'il n'y ait pas plus de saisines !) tandis que le polyester et les accessoires sont d'apparence rustique. Côté rangement, même si l'on peut utiliser le socle des 12 sièges, le corps de la console et du leaning-post, il manque un grand coffre.



photo Narwhal Fast 1100


photo Narwhal Fast 1100


photo Narwhal Fast 1100


photo Narwhal Fast 1100





CONCLUSION
Comportement irréprochable, plaisir de pilotage, performances de premier plan, gros œuvre robuste (même si l'on préférerait du Néoprène/Hypalon), cockpit étroit mais profond, le Fast 1100 n'est pas né pour faire de la figuration dans les marinas huppées… Non, son domaine, c'est les grands espaces, où sa carène affûtée donnera libre cours à son appétit de dévoreuse de milles, et apportera tout le confort et la sécurité de ses 11 mètres. Le tout aménageable sur mesure, et à un prix "cadeau" !




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