Essai Sacs S 640

Valeur sûre

Si le chantier milanais se distingue ces dernières années par ses réalisations hors normes, il n'en produit pas moins des semi-rigides d'entrée et de milieu de gamme dignes d'intérêt. Ce S 640 en est le parfait exemple, avec un pont qui fait la part belle aux amateurs de farniente, ainsi qu'une carène vive et performante.

Texte et photos Philippe Leblond


 42 530 € avec Suzuki 150 ch 4T (tarif 2010)
 6.38 m
 14
 42,9 nds
Banniere_axa

Orca-logo_rvb

Paru dans le Pneumag n° 79 Septembre/Octobre 2010



Du très démonstratif S 850 Samourai au confortable 50 Indaco (16 mètres), avec son jacuzzi, en passant par les deux GT de la mer que sont les Powershore Abarth et Lancia di Lancia, le constructeur italien laisse libre cours à sa créativité débridée. Alors, lorsqu'on prend place à bord du S 640, on ne peut s'empêcher de lui reconnaître une certaine sobriété. La ligne bien qu'étant très "Sacs", avec cette étrave bien défendue, surmontée d'une delphinière et de plats-bords de poupe en polyester, s'apparente à la plupart de ses concurrents italiens, du fait aussi de son programme familial, largement plébiscité par les plaisanciers de la "botte". Au-delà de cette esthétique consensuelle, on note que le plan de cockpit est de type "deux-zones". Les semi-rigides de cette longueur (près de 6,50 m) optent souvent pour un "trois-zones" (banquette arrière + poste de pilotage avec siège indépendant + solarium à l'avant). Si le Sacs fait l'impasse sur le siège de pilotage indépendant, c'est pour offrir un second solarium. Les accros de la bronzette lui pardonneront ! Cela n'empêche que le nombre de vraies places assises est en retrait par rapport à ce que l'on est en droit d'attendre d'une telle unité, d'autant que le siège moulé sur la face avant de la console est monoplace. On peut donc compter sur quatre places assises, auxquelles pourront s'en ajouter deux autres, sur les flotteurs avec, en l'absence de saisines pour se tenir, la main courante de pare-brise de la console. Il n'y a rien de trop ! Mais, comme nous l'avons dit, le S 640 se rattrapera au mouillage, avec ses deux surfaces de bain de soleil, à l'avant lorsque la table de pique-nique est en position basse, et à l'arrière grâce à la banquette qui se déploie sur le coffre de poupe. Ce dernier nous amène à parler rangement. De ce côté-là, Sacs a bien fait les choses avec cette immense cale arrière, en mesure d'engloutir les objets longs, tels skis, cannes ou wakeboard. Heureusement, car malgré leur volume généreux, les trois coffres avant sont indépendants les uns des autres (pas de coffre long). Notons au passage l'absence de vérins à gaz pour maintenir les couvercles ouverts (sauf celui de la poupe), et de joints de caoutchouc pour amortir les chocs en navigation. Rayon accastillage, on notera la présence d'un discret roll-bar inox (option) qui sert de support à la toile du taud de soleil, lui aussi optionnel, et aux feux de navigation. L'emplacement des quatre taquets inox d'amarrage (deux sur le socle avant de part et d'autre du davier, deux sur les plats-bords rigides) ne prête pas à redire, de même que l'échelle de bain intégrée à la plate-forme, ou la main courante pour s'aider au sortir de l'eau. La douche de pont (option) est alors à portée de main… Par contre, les brides placées sur les flotteurs n'offrent pas une aussi bonne prise que des saisines traditionnelles en cordelette. En complément, la liste des options propose un guindeau électrique ; un luxe pour ce bateau à faible déplacement… Pour ce qui est du poste de barre, il y a tout lieu de se satisfaire de la position de pilotage, grâce à l'astucieuse assise relevable qui permet de s'appuyer lorsqu'on officie debout, avec des commandes bien disposées. En revanche, quand on barre assis, on perd de vue les instruments de contrôle, en partie masqués par le volant. Terminons la revue de détail avec une appréciation sur la qualité de réalisation du gros œuvre… Rien à redire sur le flotteur assemblé avec du tissu Orca de 1 670 décitex, esthétique et résistant, ni sur la partie rigide en polyester blanc, brillant et régulier (pas de trace de démoulage). Par contre, signalons les charnières de coffre saillantes, pouvant être blessantes pour les pieds nus.
Pour avoir vu le S 640 sur sa remorque, force est de constater que l'angle de quille est assez prononcé, d'avantage que sur la plupart des carènes en V évolutif. De cette particularité découle une largeur relativement modeste qui fait que le Sacs est au gabarit routier sans dégonflage. On regrette pour le coup de ne pas avoir une mer plus capricieuse pour juger plus avant des capacités marines de cette coque qui a fière allure. L'absence de sillage de vedette ne nous a pas non plus permis d'effectuer ces sauts toujours riches d'enseignements quant à l'équilibre et au confort d'une carène. Restait un clapot de 40 cm dont le Sacs s'est joué sans difficulté, se montrant confortable et sain même à plein régime. Toutefois, on a noté une certaine sensibilité à la brise par le travers et une amorce de roulis à la recherche de la vitesse maxi… Sans conséquence, car le S 640 répond bien aux réglages du trim et aux commandes. Réactif, mais homogène et docile, ce semi-rigide s'avère facile à piloter, même lorsqu'on attaque fort dans les virages, où la gîte marquée aide à tracer des trajectoires serrées et précises, sans entraîner de ventilation de l'hélice. Voilà une coque vivante et saine, qui se barre avec plaisir, bien servie en l'occurrence par le Suzuki DF150 et sa belle cylindrée (2 867 cm3), qui en fait le plus gros quatre-cylindres du marché. Avec plus de 42 nœuds en pointe, et moins de quatre secondes pour déjauger, il n'y a pas à se plaindre des performances ! On peut décemment monter un 130 ou 135 ch sur ce Sacs, sans craindre de le rendre poussif. En allure de croisière, il se montre particulièrement agréable, avec une sonorité contenue, mais au-dessus de 4 500 tr/min, le Suzuki devient très présent, et son timbre n'a pas la noblesse de celui des 6-cylindres…



photo Sacs S 640


photo Sacs S 640


photo Sacs S 640


photo Sacs S 640





CONCLUSION
Au final, le S 640 est un bon semi-rigide, bien dans son programme, bien dans ses performances, et bien dans son look, sans ostentation. Le cockpit 2-zones a choisi de privilégier la bronzette aux places assises, mais cela peut plaire… La circulation à bord est aisée, et il est possible de dresser une petite table à l'heure de l'apéro. Une partie de ski ? Pas de problème, la cale arrière peut accueillir le matériel encombrant. Bref, le S 640 n'a pas vraiment de point faible, dans le sens ou ses choix sont cohérents. Reste son tarif, élevé en regard de la concurrence…




6
2
5
4
3