Essai Sea Hawk 285

L’aigle déploie ses ailes

Cette limousine de la mer, qui a mis un point d'honneur à combiner confort, luxe et fonctionnalité, est capable de se muer en offshore avec des pointes de vitesse supérieures à 50 nœuds. à ces prestations haut de gamme, le Sea Hawk ajoute une esthétique très personnelle.

Texte et photos Philippe Leblond


 66 500 € sans moteur (tarif 2007)
 8.4 m
 20
 51,5 nds

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Paru dans le Pneumag n° 58 Mars/Avril 2007




L'accroche de la brochure Sea Hawk, « Changez vos yeux ! », traduit bien l'étonnement dans lequel nous plonge l'observation du premier modèle enfanté par le constructeur des fameuses coques ouvertes White Shark. Sa vision nouvelle du semi-rigide s'avère pertinente dans cet univers haut de gamme où, eu égard aux audaces des constructeurs italiens ou anglais, tout semble permis. Ce nouveau regard, celui de l'« aigle des mers » (de l'anglais « sea hawk »), est d'ailleurs présent, sous la forme d'un graphisme stylisé, sur les flancs d'une coque très présente, lorsqu'on regarde le Sea Hawk de profil. Le constructeur de Vannes a d'ailleurs repris cette tonture à teugue qui lui est chère depuis qu'il a popularisé la gamme White Shark. Ainsi, à mi-longueur, la ligne décrite par le flotteur monte d'un cran pour dégager une étrave altière, inédite dans le paysage pourtant multiple du semi-rigide, à l'exception de Marlin, marque italienne familière aux visiteurs du Salon de Gênes. Sans oublier la touche finale, avec ce double pare-chocs en caoutchouc, en forme de « pince-nez » !Cette ligne spectaculaire, outre le choc visuel qu'elle déclenche, induit un cockpit d'une profondeur peu commune, surtout dans la partie avant, où le solarium convertible carré se trouve bien abrité par les francs-bords élevés. La présence de l'énorme console (empruntée au White Shark 245) renforce encore l'intimité de ce petit salon avant. Le plan de pont se compose ainsi de trois zones distinctes, la partie centrale étant dévolue à la petite cabine abritée par la console et au poste de pilotage avec son leaning-post, ce dernier servant de transition avec la zone arrière composée d'une large banquette convertible en un second bain de soleil. La transition à laquelle nous faisons allusion est assurée par la kitchenette contenue dans ledit leaning-post : l'assise de pilotage se relève pour découvrir un petit évier inox, un réchaud à gaz (la bouteille est logée en dessous), une planche à découper sous laquelle on trouve, au choix, un rangement pour des couverts ou une machine à glaçons. Dès lors, l'identité du Sea Haw se précise ; celle d'un grand day-boat, conçu pour de longues sorties à la journée en équipage (20 personnes sont autorisées à bord en catégorie C !), avec quelques éléments de confort bienvenus, tel que l'abri que propose la console (sans couchette toutefois) avec un lave-mains, une douchette, et un WC chimique. Bien que dépourvu de roll-bar inox et autre arceau polyester (pas toujours esthétiques) le Sea Hawk propose un grand taud de soleil qui couvre à la fois le solarium arrière et tout le poste de pilotage. La liste des options mentionne aussi un T-top à armature inox et toile (couleur bordeaux, sable ou bleue, au choix). La conception recherchée du Sea Hawk met aussi en évidence un certain sens pratique qui s’illustre à travers quelques détails marquants. Le plus original est sans doute le gonfleur électrique fixé à même la console. Cet appareil compact permet, à l’aide d’un long flexible, de regonfler ou dégonfler les flotteurs à volonté, et en un temps record. Voilà qui est appréciable lorsque le Sea Hawk rejoint sa remorque. Il suffit de dégonfler les boudins pour le mettre au gabarit routier… Par ailleurs, au sommet du tableau de bord, on appréciera le module escamotable réservé au GPS-lecteur de cartes Simrad à grand écran. Lorsqu’on quitte le bord, en un geste, ce dernier disparaît dans son logement qui ferme à clé. Autre détail bien pensé, l’« empreinte » moulée dans le fond de la cabine pour entreposer la table du carré. Par ailleurs, les capots de coffres sont tous équipés d’un vérin d’ouverture. Il y a aussi les deux nables des réservoirs de carburant, réunis en une même niche, dans le flanc de la console. Celui du réservoir d’eau, par contre, n’est pas idéalement situé puisqu’il jouxte le boîtier de commandes Yamaha… Citons aussi, dans le domaine du pratique, le portillon de cockpit coulissant, en inox, pour faciliter le passage vers l’échelle de bain. Côté circulation à bord, le tableau serait idyllique si l’imposante console-cabine laissait des passavants un peu plus généreux. Malgré le léger décalage opéré vers tribord, le passage à bâbord est encore un peu juste. Pour ce qui est du rangement, les deux longs coffres latéraux de l’avant permettent de ranger cannes et skis. Le reste des affaires peut se répartir, au choix, dans la delphinière (grand coffre au-dessus du puits de mouillage), dans le coffre avant large, dans la grande cale arrière, apte à recevoir un radeau de survie obligatoire lors des navigations hauturières (le Sea Hawk est homologué en B pour huit personnes), ou bien sûr, sous la console qui propose un rangement parfaitement sec et d’un volume remarquable.

Avant de prendre les commandes, un mot sur la construction. Le flotteur fait appel au tissu Orca 1670 décitex de Pennel & Flipo, découpé en 7 compartiments, avec diamètre maximal de 61 cm ! Les passages « plongeurs », avec doublage du tissu, de même que les saisines en polyamide sur ralingues souples n’ont pas été oubliés. Pour ce qui est de l’amarrage, le compte est bon, avec quatre jolis taquets inox escamotables, fixés sur les plats-bords arrière et la delphinière, laquelle intègre aussi le feu de navigation rouge/vert, rétractable lui aussi. Signalons la présence de mains courantes en inox, tant à l’avant qu’à l’arrière, ces dernières étant proposées en carbone véritable, pour se marier esthétiquement avec le gel-coat gris métallisé optionnel de la console et du leaning-post. Comme toutes les parties en polyester, les coffres sont réalisés par infusion, et présentent un gel-coat brillant à la finition impeccable, y compris à l'intérieur ! La coque, réalisée en polyester monolithique, est renforcée par un varangage en bois, repris en stratification sur les fonds. Le pont, lui, fait appel par endroits, à un sandwich de balsa. De fait, nous constaterons lors de notre essai, l'impressionnante rigidité structurelle de l'ensemble. Pour ce qui est du montage, les moteurs, des 225 ch Yamaha 4-temps, ont été placés à 2,5 cm au-dessus de la ligne de fond de coque, soit une valeur dans la norme pour des hors-bord montés directement sur le tableau arrière. Par sécurité, chaque Yamaha est relié à une batterie et un réservoir indépendant. Les deux réservoirs, totalisant 600 litres d'essence, sont placés sous le leaning-post. Les deux V6 s'ébrouent, et nous quittons le port de Vannes, direction le Golfe du Morbihan pour nos mesures de vitesse et de conso. Après la séance photos, parfaite pour laisser chauffer les moteurs et les débrider un peu - ils n'ont que quelques heures de marche - je pousse les deux leviers à fond. Bonne surprise, après un déjaugeage aisé, ponctué d'un léger cabrage, les chiffres du GPS s'affolent pour franchir la barrière magique des 50 nœuds. Bien que le Sea Hawk soit doté de la carène éprouvée du White Shark 265, je ne l'attendais pas si rapide : 51,5 nds ! Un œil au compte-tours : 6 100 tr/mn. Un régime idéal, n'étant que deux à bord (avec toutefois le plein de carburant). Cette valeur, légèrement au-dessus du maxi constructeur, reviendra dans la fourchette (5 000-6 000 tr/mn) lorsque le bateau naviguera avec un équipage plus nombreux et son chargement. Les hélices de 23 pouces sont donc un bon choix. La vitesse maxi est atteinte avec l'aide d'un réglage de trim nettement positif. Grâce à la contre-rotation, on ne note aucune amorce de roulis. En revanche, sur les régimes intermédiaires, il est conseillé de laisse le trim tranquille (neutre, voire négatif) si l'on ne veut pas marsouiner. Ce phénomène de pompage, dû à un nez un peu léger, je l'avais déjà constaté sur le White Shark 285, le plus des opens de Kelt. Mais, cela pourrait s'arranger en remplissant les 80 litres du réservoir d'eau qui était vide le jour de notre essai. De fait, une fois sorti du golfe, en allure de croisière et face à la houle résiduelle (environ un mètre) cette oscillation verticale du nez est bien présente dès que l'on trime en positif. Je reste donc en négatif, et je hausse le rythme face au vent. Quelques petits décollages plus loin, le Sea Hawk a fait apprécier ses aptitudes sportives, de même que le tempérament vif du duo des 225 ch Yamaha, métamorphosés par l'adoption de la distribution variable empruntée au 250 ch. Les remises de gaz sont franches, et les reprises de contact sur le tiers arrière de la carène, saines et souples. Notre gros semi-rigide se montrera moins à l'aise dans le clapot anarchique de la passe de Port Navalo… Par contre, en virage, quel plaisir ! Inscription franche, guidage précis de la quille, contrôle avec la barre en douceur, gîte intérieure marquée, légère glisse pour soulager l'équipage en virage serré… Le Sea Hawk montre une aisance et une précision remarquables, même lorsque lorsqu'on sollicite les 450 ch sans ménagement. D'autant que la motricité reste intacte, les deux hélices « passant » parfaitement la puissance… Pour en terminer avec les chiffres, notons l'excellent rendement à 3 500 tr/mn, avec une allure de croisière de 24,6 nds pour une consommation instantanée de seulement 46 l/h. Ce qui débouche sur une autonomie de près de 300 nautiques. De quoi voir venir ! .



photo Sea Hawk 285


photo Sea Hawk 285


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CONCLUSION
Pour l’heure, la puissance maxi est fixée par Kelt à 2 x 200 ch. Mais, il n’est pas impossible que soit validée la propulsion du bateau-test. De retour au port, la pertinence de cette motorisation nous est apparue comme évidente. Le Sea Hawk encaisse parfaitement les 450 ch, et les chiffres de performances sont élogieux. Pour nous, cette découverte du premier semi-rigide construit par le chantier vannetais s’est soldée par une impression hautement positive. Pas de doute, le premier Sea Hawk (deux modèles de 7,60 m et 6,60 m devraient le rejoindre en fin d’année) fait une entrée réussie dans l’univers de plus en plus concurrentiel du semi-rigide haut de gamme.




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