Essai Solemar 33 Oceanic

Promesses de grand large

Solemar s'est forgé de longue date une réputation de Rolls des mers que confirme l'essai du 33 Océanic, un croiseur complet pour mettre le cap au large en toute sérénité. Avec trois atouts maîtres : solidité, tempérament marin et confort luxueux. Tout ce qu'il faut quand on a envie d'aller voir ce qui se cache de l'autre côté de l'horizon.

Texte et photos Jacques Anglès


 187 712 € sans moteur (tarif 2012)
 10.83 m
 15
 33 nds avec 2 x CMD 320 ch diesel
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Paru dans le Pneumag n° 90 juillet/Août 2012



Modèle emblématique bien qu'il ne soit pas le plus grand du catalogue Solemar, le 33 Oceanic n'a rien à envier à des opens rigides de même catégorie en ce qui concerne le pont, le cockpit et même l'habitabilité. Mais le concept de semi-rigide reste-t-il pertinent pour un tel bateau ? Évidemment oui, car le gros tube qui ceinture la coque n'a rien d'un accessoire décoratif ni, comme le pensent certains néophytes, d'un gros pare-battage destiné à amortir les accostages trop rudes ! Ce flotteur, c'est l'assurance d'insubmersibilité, donc de sécurité en mer, qui fait la supériorité du “pneu“ sur tout autre bateau, sans parler des qualités marines ou du look.
Hormis cet imposant flotteur (80 cm de diamètre !), l'agencement du pont s'apparente à un open classique : cockpit avec carré et poste de pilotage au grand air, grande plate-forme de bain arrière, long pont avant essentiellement alloué aux bains de soleil. Et l'intérieur, à peine plus étroit qu'une “coque dure“ de même taille, offre deux cabines doubles, une cuisine et un carré. Rien d'exceptionnel à première vue, sauf que l'agencement est parfaitement étudié pour exploiter au mieux chaque espace, ce qui fait la différence. Car en bateau, le confort (ou l'inconfort) se joue souvent à quelques centimètres en trop ici ou manquant là.
Le cockpit, spacieux (3,12 m x 2,10 m), donne l'exemple, avec deux zones bien distinctes. À l'avant, la zone pilotage est légèrement surélevée, à la fois pour favoriser la visibilité et pour accroître la hauteur dans la cabine située dessous. Le poste de pilotage proprement dit dispose d'une confortable banquette biplace, avec dossier enveloppant et assise relevable pour le pilotage debout. La visibilité y est totale (sauf au déjaugeage, où la proue s'élève, masquant la vision vers l'avant pendant quelques secondes) et le grand pare-brise courbe assure la protection contre les embruns. De plus la capote optionnelle (qui va du pare-brise à l'arceau arrière) permet de couvrir presque tout le cockpit en cas de navigation “humide“. À bâbord, on trouve une banquette prolongée par un grand dossier incliné, en forme de chaise longue. Outre qu'il offre un des emplacements les plus recherchés du bord, ce plan incliné permet, à l'intérieur, de donner de la hauteur à l'entrée de la cabine-alcôve située sous le poste de pilotage. L'arrière du cockpit est alloué au carré, calé sur bâbord. Doté d'une grande banquette en U, avec table amovible centrale, il peut accueillir six personnes (huit avec des tabourets additionnels) tout en laissant, à tribord, un large passage vers la plate-forme de bain. Et à l'heure du farniente, il se convertit en bain de soleil, de dimension assez modeste il est vrai (le grand bain de soleil, c'est à l'avant). Toujours soucieux du confort, le concepteur a intégré, au dos du poste de pilotage, un mini-bar avec évier, placard et réfrigérateur optionnel, sans que ce “meuble“ ne gêne le passage. La circulation dans le cockpit mérite d'ailleurs une bonne note, avec un accès aisé à la plate-forme de bain et à l'intérieur. Par contre, le 33 Oceanic ne fait pas mieux que la plupart des open de croisière en ce qui concerne l'accès au pont avant, assez acrobatique : il faut enjamber le haut franc-bord, puis progresser sur le “passavant“ que forme le boudin en se tenant comme on peut, faute de poignées ou mains-courantes. C'est dommage car le pont avant est l'endroit le plus agréable du bord pour le farniente. Le chantier se doit d'améliorer la sécurité de ce passage (antidérapant sur le haut du boudin et quelques poignées bien placées).
Terminons par l'intérieur, bien conçu pour la croisière à quatre ou cinq personnes : carré-cuisine au centre, salle d'eau à tribord de la descente, cabine double fermée à l'avant, lit double en alcôve à l'arrière. C'est clair et luxueux, avec des boiseries deux tons sur fond de revêtements synthétiques ivoire. Bons points pour l'éclairage électrique et l'aération (huit hublots et panneaux de pont, tous dotés de stores opaques, mais les rangements sont très limités (sauf dans la cabine avant). Autres réserves : il faut s'habituer aux marches de descente en quinconce et, pour les séjours dans les criques, on préférerait une plaque de cuisson au gaz plutôt qu'électrique. Globalement les prestations de confort, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, sont très au-dessus de la moyenne. Il en va de même pour la fabrication, qu'il s'agisse du gros œuvre, des finitions ou de l'équipement standard, très généreux (le bimini est à peu près la seule option indispensable).
Côté navigation, on ne peut guère s'attendre à des performances mirobolantes, compte tenu du poids de ce croiseur et de sa motorisation diesel, en l'occurrence deux 320 ch Cummins-Mercruiser. La mise en action est lente malgré les embases à double hélice, ce que confirment les chronos de déjaugeage et d'accélération (voir tableau de mesures). Ce marathonien ne brille pas non plus par sa vitesse de pointe, mais il excelle en revanche dans tout le registre de la croisière, filant 18 à 26 nœuds entre 2 500 et 3 000 tr/min, ce qui correspond aux régimes de meilleur rendement du moteur. Les passagers apprécient alors tout le confort de cette coque en V profond et, au poste de pilotage, je retrouve la douceur de passage dans les vagues caractéristique des Solemar. Facile à piloter le 33 Oceanic fait en outre preuve d'une agilité étonnante au regard de son poids, bien servi par une direction douce et très précise (trois tours de volant de butée à butée) qui permet de l'inscrire exactement dans les trajectoires voulues. En ligne droite, il fait valoir un bon équilibre latéral et longitudinal et garde son cap sans dévier lorsqu'on lâche le volant. En virages, il gîte sans excès et ne dérape jamais. En bref, c'est un vrai bateau de croisière, bénéficiant d'une robustesse et de qualités marines qui inspirent confiance.



photo Solemar 33 Oceanic


photo Solemar 33 Oceanic


photo Solemar 33 Oceanic


photo Solemar 33 Oceanic





CONCLUSION
Réalisation robuste, finition raffinée, caractère marin bien trempé, ce modèle démontre la maîtrise du chantier italien en semi-rigides de croisière. La motorisation diesel colle au programme en assurant une grande autonomie et de belles allures de croisière. L'intérieur, conçu pour vivre à quatre sans se bousculer, est un modèle du genre et le pont, accueillant, se prête aussi aux sorties à la journée entre amis. A n'en pas douter, le 33 Océanic fera le bonheur des amateurs de séjours à bord confortables… du moins ceux qui peuvent se l'offrir.




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