Essai Scorpion Serket 88

L'art du grand tourisme

Il a tout pour devenir le modèle phare de Scorpion : une silhouette de rêve, des performances décoiffantes, une qualité de réalisation au top, et surtout un confort embarqué enfin hissé au niveau de sa sportivité, confirmant une évolution déjà entrevue sur le Strike… Et, détail qui ne gâte rien, malgré sa longueur, il reste transportable.

Texte Philippe Leblond - Photos Philippe Leblond et DR


 184 797 € 2 x Yamaha 225 ch 4T (tarif 2012)
 8.75 m
 9
 56,6 nds
Banniere_axa

Orca-logo_rvb

Paru dans le Pneumag n° 91 Septembre/Octobre 2012



Depuis quelque temps, les Scorpion ont entrepris une évolution vers une utilisation plus large que celle qui faisait leur succès à l'origine. Un solarium, un carré, une douchette, un abri WC sous la console… Si l'on avait évoqué ces équipements de confort, il y a encore cinq ou dix ans, certains connaisseurs auraient sans doute haussé les épaules. Pourtant depuis le temps que Pneumatique Magazine fréquente le Ribex, il lui est apparu que les semi-rigides anglais avaient une carte à jouer en direction d'une clientèle moins radicale (disons plus "méditerranéenne"), sans pour autant renoncer au caractère ultra sportif qui est l'identité des semi-rigides britanniques. Scorpion l'a bien compris, et le Serket 88 pourrait bien être ce bateau que nous appelions de nos vœux : un semi-rigide très rapide, délivrant un pilotage attractif, mais aussi capable de se prêter aux plaisirs du mouillage.
Le pont, recouvert de simili teck, se présente bien dégagé, facile à arpenter, à l'exception des passages de part et d'autre de la console quelque peu sacrifiés du fait d'une largeur modérée, marque de fabrique des semi-rigides anglais. Autre constatation, pour un "RIB" anglais, le Scorpion se montre plutôt généreux pour ce qui est des vraies places assises (sept à huit places en arrière de la console) avec une banquette de poupe, pleine largeur et enveloppante, un bolster double qui comporte dans son dos une confortable banquette biplace. Cette dernière fait face à l'autre banquette, et compose, à l'aide de la table en caillebotis de teck, un agréable carré à l'heure du pique-nique ou de l'apéritif. Dans ce contexte, on peut s'étonner que le chantier de Lymington ne propose pas (même en option) un mini frigo, ou une machine à glaçons.
Par contre, et c'est à notre connaissance une première sur un semi-rigide de jour britannique, Scorpion propose l'option WC électrique. Ce dernier prend place à l'intérieur de la console (85 cm de haut seulement) dans laquelle on trouvera aussi un bac à mouillage en polyester. L'accès est favorisé par une large ouverture frontale, mais il est un peu déroutant pour nous Français de voir le mouillage stocké à cet endroit. Un taquet inox et un guide de mouillage situé sur le nez du bateau sont les seuls apparaux concourant au mouillage (pas d'option guideau). Pour ce qui est du rangement, deux autres grands coffres viennent en renfort : la cale arrière, située sous la banquette, très spacieuse et dotée elle aussi d'une très ample ouverture, ainsi que le coffre avant, supportant le matelas de bain de soleil.
Quant à la qualité de fabrication du Scorpion, difficile de prendre en défaut le travail du chantier anglais, qui année après année, peaufine ses bateaux. Le tube à diamètre progressif, coupé dans du tissu Orca 1 670 décitex est un modèle du genre. Il sert à la fois la ligne élégante du Serket et ne montre aucun défaut d'assemblage, au point qu'on ne discerne quasiment pas où se trouvent les limites des chambres de gonflage. Brillant, uniforme, le gel-coat blanc paraît impeccable, de même que les inox (taquets, mât de ski, anneaux de levage, charnières de coffre "flush"…). Bien que nous ne soyons pas partisans, chez Pneu Mag, du T-top, il faut s'incliner devant le style original et l'élégance de celui de Scorpion, dont le pavillon intègre une surface transparente où s'imprime le logo de la marque. Un dernier mot à l'adresse du poste de pilotage, avant de mettre les moteurs en route. Là encore, Scorpion démontre son expérience du pilotage offshore. Le bolster double offre un maintien sécurisant et confortable, que ce soit debout ou assis, car les assises relevables par vérins électriques s'adaptent à toutes les morphologies. La console qui effectue un retrait au niveau des jambes et possède un cale-pieds va dans le sens d'une ergonomie indispensable sur ce type de bateau capable de dépasser 50, voire 60 nœuds.
L'avant port de Lymington, fief de Scorpion, est interminable. Il nous tarde de pouvoir pousser les deux commandes électriques des Yamaha 225 ch. Ces deux V6 sont les nouveaux blocs 4,2 litres, ultra légers et bourrés de couple. Dehors, le Solent nous attend avec un clapot serré culminant à 70 cm, écrêté par une brise soutenue de 3 à 4 beauforts. Dans ce célèbre bras de mer coincé entre la côte sud de l'Angleterre et l'Ile de Wight, il ne faut guère espérer moins… Enfin dégagés du chenal, on peut lâcher les chevaux ! Le déjaugeage est exécuté séance tenante, avec un léger cabré suivi d'une reprise d'assiette immédiate. L'accélération se poursuit, bien dense, jusqu'à la vitesse maxi. Flaps relevés, trims positifs, le Serket file allègrement. Notre GPS culmine à 56,6 nœuds, en dépit du T-top. Une marque plutôt exceptionnelle pour un semi-rigide, mais pas pour un Scorpion. L'impression de vitesse est bien présente malgré l'équilibre exemplaire de la carène et le petit pare-brise qui défléchit bien le puissant flux d'air. A l'aise par mer de face et d'arrière, son équilibre latéral est moins constant avec mer et vent par le travers. Il est alors nécessaire de le contrôler à la barre et aux gaz, mais le Serket n'est pas vicieux. Réglés très fermes, les accélérateurs gâchent un peu le plaisir de pilotage. Toutefois, le "toucher de mer" hors norme du Scorpion fait oublier ce détail. Les virages s'enchaînent avec gourmandise. La quille en V profond a la précision d'un scalpel et son grip accompagné d'une gîte intérieure spectaculaire est bien dans la veine des carènes "british". Par contre, attention à l'entrée des grandes courbes plein gaz, le Serket marque une hésitation à l'inscription qui laisse penser qu'il pourrait partir à la contregîte. Nous n'avons pas tenté le diable. Il suffit de réduire un peu les gaz et de braquer franchement pour enclencher le virage. Terminons par deux éléments significatifs du potentiel de ce coursier classieux : un plaisir à la barre évident, et un confort de navigation parmi les meilleurs à 3 000 tr/min et 30 nœuds, vitesse synonyme du meilleur rendement et d'une autonomie de 245 milles.



photo Scorpion Serket 88


photo Scorpion Serket 88


photo Scorpion Serket 88


photo Scorpion Serket 88





CONCLUSION
Séduisant, le Serket 88 l'est à plus d'un titre. Il y a bien sûr sa ligne et l'élégance de ses finitions, et bien entendu ses performances et le plaisir intense qu'on éprouve à sa barre. Des qualités très "Scorpion" auxquelles il ajoute un agencement de cockpit tourné vers le confort, ce qui n'était pas dans les habitudes de la marque. Une évolution qui montre l'intention de Scorpion d'élargir sa clientèle à des utilisateurs plus "sudistes". Cet essai montre qu'il a de bonnes raisons d'y croire.




6
3
4
5
2