Essai Polaris Neptune 30 (9,15)

Un pur baroudeur

Amoureux de farniente et de confort à bord, passez votre chemin, ce dur à cuire n'est pas pour vous ! Avec sa coque en alu solide comme un coffre-fort et sa carène acérée pour passer dans toutes les mers, cet engin d'experts s'adresse surtout aux baroudeurs et aux travailleurs de la mer.

Texte et photos Jacques Anglès


 64 990 € sans moteur (tarif 2011)
 9.15 m
 32
 46,7 nds avec 2 x Mercury 250 ch Verado 4T
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Paru dans le Pneumag n° 85 Septembre/Octobre 2011



Sacrément costaud ! C'est la première pensée que m'inspire le Neptune 30 du chantier canadien Polaris lorsque je le découvre à quai lors du salon de La Ciotat. Le gros flotteur bardé de protections noires, les bittes d'amarrage façon remorqueur et la carène en alu brut suffisent à donner le ton : ce modèle n'a rien d'un paisible engin de balade ! Quelques informations sur son pedigree s'imposent donc. Commercialisée depuis peu en France par la société Passion Power Boat, Polaris est spécialisé dans la construction de semi-rigides aménageables à la carte, conçus pour les conditions d'utilisation les plus dures : travail en mer, sauvetage, surveillance des pêches, transport de troupes ou missions scientifiques en tout genre. “Solide“, c'est le maître mot de la marque, avec la capacité de s'adapter à chaque demande particulière. Fort de vingt-cinq ans d'expérience, le chantier décline trois gammes, pneumatiques “pliables“, semi-rigides à coque polyester et semi-rigides à coque aluminium avec un catalogue de plus de trente modèles de 3,80 m à 12 m, auxquels s'ajoutent quelques coques à propulsion Jet.
Mais revenons au Neptune 30 : outre sa coque alu, il se distingue par son flotteur démontable, fixé à la coque par un rail boulonné et bloqué à l'arrière par des sangles, ce qui simplifie les réparations ou le remplacement éventuel. La carène affiche un V profond (environ 23° au tableau arrière), avec deux bouchains inversés sous les flotteurs pour favoriser le déjaugeage et la sustentation à basse vitesse, et quatre virures de fond. Le flotteur monté très haut (une bonne vingtaine de cm au-dessus de l'eau à l'arrêt) confirme le choix architectural : priorité au passage dans les vagues … au détriment de la stabilité à l'arrêt. Quant à la structure, elle est conçue comme un véritable châssis ultra rigide. Les côtés de la carène forment deux longerons-poutres (étanches) reliant le massif de proue au tableau arrière à double paroi. Les fonds sont renforcés par des longerons soudés et par quatre cloisons transversales. Le creux axial est ainsi divisé en “cases“ où prennent place les réservoirs et des soutes de rangement. Enfin, les moteurs sont montés sur un bracket qui prolonge la coque, afin d'accroître la stabilité longitudinale.
Le pont est simplissime : un plancher plat d'un seul tenant de la proue à la poupe, aménageable à la carte, notre modèle d'essai étant sobrement “meublé“ d'une console de pilotage, d'un mini dosseret de pilote et de quatre sièges jockey à amortisseurs KPM Marine (le tout en option). Les rangements d'origine se limitent à une soute (assez vaste) sous le plancher, un coffre de proue (en partie occupé par le mouillage) et trois coffrets dans le tableau arrière (dont deux à fonction technique), avec un coffre de plus sous la console montée ici. On regrette toutefois l'absence d'antidérapant sur le plancher, indispensable pour que le cockpit ne se transforme pas en patinoire au premier paquet de mer venu.
En regard de cette rusticité, le Neptune 30 fait valoir des atouts à considérer avec attention : la sécurité d'un franc-bord élevé, la capacité exceptionnelle de 32 passagers, le cockpit parfaitement autovideur (bravo pour les énormes dalots d'évacuation !) et la possibilité de personnaliser l'aménagement pour un programme plaisance, voire de le rendre modulable selon l'utilisation (balade, pêche, plongée, croisière) grâce à des équipements amovibles. Reste évidemment l'essentiel, à savoir le caractère marin de cet engin, équipé pour l'occasion de deux 250 ch Verado, les excellents 6 cylindres de Mercury. Contact ! Dès la première accélération, le Polaris révèle une qualité que la suite va confirmer : sa parfaite stabilité longitudinale. Le déjaugeage s'opère sans le moindre “cabré“, en à peine plus de trois secondes et en restant parfaitement en ligne, la double motorisation y contribuant assurément. L'accélération à suivre est tout aussi fulgurante, les compresseurs des Verado jouant leur rôle à fond durant cette phase : les vingt nœuds sont atteints en 4,5 secondes, alors que les V6 ont à peine dépassé les 3 500 tr/min. À 3 500 tr/min et 23,6 nœuds, je stabilise les gaz : c'est le régime de croisière idéal, avec les moteurs au meilleur rendement. Le bateau est bien à plat et ne demande pas de trim, la stabilité de route est impeccable et la carène en V profond amortit parfaitement les vagues. Dommage que le dosseret de pilote n'offre aucun confort (à changer sans hésiter !). Reprenons l'accélération, en appréciant la réponse nerveuse des 6 cylindres à la moindre sollicitation. Le compte-tours continue rapidement son ascension pendant que j'ajuste le trim pour alléger la carène, un œil sur l'horizon, l'autre sur les cadrans. Et nous voilà bientôt à 6 500 tr/min et 46,7 nœuds au GPS. Si cette performance n'a rien d'exceptionnel, ce n'est pas une surprise, la carène en V profond étant gourmande en puissance au profit des capacités de passage dans la mer formée. Car c'est là que le Neptune 30 exprime sa supériorité. On peut continuer “manette dans le coin“ sans se faire de souci, et avec plus de confort (notion très relative à plus de 40 nœuds) que sur la plupart des coques “normales", où il faudra impérativement “lever le pied“. En virages, le Neptune 30 monte une belle agilité et une excellente accroche, avec, en virages serrés, une inclinaison qui impressionnera les néophytes. Bref, ce baroudeur n'est peut-être pas le plus rapide par beau temps, mais c'est un passe-partout qui en laissera plus d'un derrière dans les vagues. Ferrari ou Hummer, il faut choisir !



photo Polaris Neptune 30 (9,15)


photo Polaris Neptune 30 (9,15)


photo Polaris Neptune 30 (9,15)


photo Polaris Neptune 30 (9,15)





CONCLUSION
Le positif : la construction à toute épreuve, la capacité à naviguer en sécurité par tous les temps et la possibilité d'équiper le cockpit à la carte, autant dire tout ce qui compte vraiment en mer. Le négatif : un style spartiate, un accès compliqué à la baignade, des rangements limités et un prix supérieur aux produits grand public. Commander un Polaris, c'est donc faire un choix de marin plutôt qu'un choix de vacancier. Reste à méditer le vieux dicton de marine “trop fort n'a jamais manqué"…




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