Essai Centaure 695 VPro

Baroudeur né

Ce semi-rigide natif de l'Afrique du Sud joue la carte de la simplicité. Cockpit aménageable à la carte et caractère marin sont ses deux atouts majeurs. Nous y ajouterons la robustesse, à défaut d'un pilotage attractif et d'une esthétique qui fait tourner les têtes…

Texte et photos Philippe Leblond


 18 100 € sans moteur (tarif 2016)
 6.95 m
 16
 44,7 nds avec Suzuki 250 ch 4T
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Paru dans le Pneumag n° 107 Mai/Juin 2015



Les bateaux de plaisance sud-africains brillent rarement pas leur design et leur degré de finition. Mais, si à l'image des Springboks de l'équipe nationale de rugby, les Centaures ne font pas dans la finesse, ils se font un devoir d'assurer l'essentiel : une structure robuste et une carène qui passe bien dans la mer formée. Des qualités que nos amateurs de pêche ou de plongée apprécient par-dessus tout. Le châssis des Centaure, et donc de notre bateau d'essai qui occupe le milieu d'une gamme de semi-rigides (exclusivement) qui s'étend du 4,20 m au 10,60 m, est composé d'une coque aux multiples renforts et d'un pont épais, stratifié sur ses deux faces (12 mm, avec 5 mm de polyester de chaque côté). Ce qui fait dire à Laurent Travert, patron de L Marine et revendeur Centaure à Granville, qu'il n'y a pas besoin d'inserts sous le plancher pour fixer solidement les équipements... Concernant les flotteurs, de diamètre constant et assemblés dans la hauteur, laissant les lais apparents, contrairement à l'assemblage "dans la longueur", cher aux Italiens, le chantier sud-africain propose deux types de tissus enduits : PVC (du 1 100 décitex de chez Melher Texnologies) ou CR/CSM (du 1 100 ou 1 670 décitex de chez Pennel & Flipo). Notre bateau d'essai était pourvu du second, aussi noir que le gel-coat de la coque du pont et des accessoires de cockpit (console, sièges et roll-bars). Pas de faute de goût, donc, mais un look très pro d'autant que Laurent l'a aménagé dans le style "day-charter", avec deux rangées de quatre sièges jockey. A cela s'ajoute le siège biplace situé sur l'avant de la console, ce qui porte le nombre de vraies places assises à dix !
Cette apparence professionnelle, de type "heavy duty", va bien au Centaure qui n'a pas vocation à se perdre dans le superflu. Bien sûr, cet agencement en faveur d'un nombre maximal de places assises ne sera pas du goût des pêcheurs et autres chasseurs. Qu'ils se rassurent, l'agencement du pont se fait à la demande, à partir des équipements proposés par le chantier sud-africain.
Les chiffres de performances, au demeurant très satisfaisants, sont un peu en décalage avec le tempérament plutôt terne du 695 V-Pro. Non pas que ce Centaure ne se comporte pas de manière efficace – bien au contraire ! – mais les sensations à la barre ne sont pas enthousiasmantes… Le pilote a l'impression de mener un bateau lourd, ce qu'il n'est pas particulièrement, même si le réservoir de carburant était presque plein lors de cet essai, et dont la carène "colle" à l'eau, même avec un trim largement positif. Sur un clapot de 70 cm (au large nous avions un vent de Force 4), impossible de faire décoller le Centaure qui taille la vague à pleine vitesse sans donner aucun signe de faiblesse. Car, à défaut de délivrer un pilotage attractif, le 695 V-Pro semble d'une résistance à toute épreuve, n'émettant aucun de ces bruits parasites (résonance de la coque ou du pont, capots de coffres, accastillage…) qui ne manquent pas de se manifester à bord de certains bateaux, dès lors que le plan d'eau est un peu cassant. Ici, la carène "fait le métier", amortissant avec constance les impacts sur cette mer courte qui traverse la baie de Saint-Malo. Même chose en virage, où l'on ne note pas de coups de raquette, malgré un grip viril et l'absence de ventilation dans les virages très fermés.
Aux régimes de croisière, la navigation est agréable, avec des vitesses comprises entre 23 et 32 nœuds, sans solliciter la cavalerie du puissant V6 Suzuki. Il est même possible de se promener plus lentement, puisque le Centaure est capable de planer dès 2 600 tr/min, soit à 13 nœuds, au terme d'une phase de déjaugeage de 4"3 ponctuée d'un cabrage modéré. A l'inverse, l'hélice à pas long (une 21"5) entraîne le 695 V-Pro à près de 45 nœuds à 6 200 tr/min. Ce qui nous laisse penser que le 200 ch de la même marque, dont la cylindrée est presque identique à celle du 250 ch pourrait aussi faire l'affaire, avec une V-max que nous estimons à 40 noeuds.



photo Centaure 695 VPro


photo Centaure 695 VPro


photo Centaure 695 VPro


photo Centaure 695 VPro


AU PONTON
On notera la grande longueur intérieure du 695 VPro, le tableau arrière se trouvant presque au niveau de l'extrémité des tubes. Voilà qui, ajouté à une largeur un peu au-dessus de la moyenne, donne un cockpit de belle surface. Par ailleurs, les flotteurs de notre bateau d'essai ont un diamètre de 55 cm, correspondant à un supplément de 500 € (le diamètre standard est de 50 cm). Cette "option" sera appréciée à la fois des pêcheurs, qui peuvent prendre plus facilement appui avec les genoux sur le flotteur, et des plongeurs qui goûteront sa stabilité latérale à toute épreuve, même lorsqu'ils s'assoient à plusieurs sur le même bord. Pour le reste, ce "gros-petit" semi-rigide, sait tout à la fois éviter la taxe sur coque et moteur et rester transportable par la route, à condition de dégonfler légèrement ses flotteurs.




EN MER
Notre essai s'est déroulé en Baie de Saint-Malo, par une température de 16°, un vent de 4 beauforts levant un clapot de 50 à 70 cm, deux personnes à bord et un réservoir d'essence presque plein (180 litres sur 200). L'impression de sécurité est constamment présente, même à plein régime, et avec un trim largement positif. L'équilibre de la coque, sa tenue de cap et sa constance dans le clapot rassurent immédiatement pilote et passagers quant à son tempérament hauturier. Seul petit bémol, sa carène qui passe confortablement dans le gros clapot ne possède pas une déflexion des plus efficaces et quelques embruns viennent, par moments, rafraîchir l'équipage… Il est vrai que l'absence d'un pare-brise haut (là, il s'agirait plutôt d'un saute-vent) se fera sentir lors des sorties par temps frais et mer formée.




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