Essai Joker Boat Wide 750

Performances et volupté

Look d'enfer, carène extra-large, le Joker 750 Wide rompt avec l'élégance discrète qui était jusqu'ici la signature du chantier. Il y ajoute un tempérament de feu. Le coup est spectaculaire et le plaisir est au rendez-vous. Chapeau !

Texte et photos Jacques Anglès


 60 600 € sans moteur (tarif 2016)
 7.7 m
 12
 53 nds avec Yamaha 350 ch 4T

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Paru dans le Pneumag n° 65 mai/juin 2008




Disons-le tout de suite, le 750 Wide (large, en anglais) n'usurpe pas son nom. Avec 3,24 m de maître bau, il est, de loin, le plus large de tous les modèles de sa catégorie, et même que bon nombre de semi-rigides de 8 à 9 m. C'est ce que je remarque en premier lieu quand je le découvre à quai, vu de l'arrière, non sans avoir eu le regard attiré, de loin, par son look audacieusement futuriste, qui le distingue non seulement de la plupart des bateaux, mais aussi de tous les modèles de la marque sortis jusqu'ici ceci. On craque devant la console profilée, le design spatial de l'arceau, les luxueuses selleries bicolores (sable et blanc), ou les touches de teck qui soulignent la classe de l'engin, le tout traité sans aucune faute de goût. Et les promesses que délivre l'imposant V-8 Yamaha de 350 chevaux accroché au tableau arrière me font remettre à plus tard la "visite du propriétaire" pour vérifier sur le champ si le ramage de ce bel oiseau est à la hauteur de son chatoyant plumage… Contact ! La cavalerie s'ébroue avec discrétion : 65 décibels au sonomètre, très bien. Avant de mettre les gaz, une explication s'impose toutefois car la fiche technique indique une puissance maximale de 300 ch. En fait, l'importateur me précise que le chantier fournit désormais l'homologation pour cette puissance. Tant mieux, car le "Super-Yam" est une mécanique enthousiasmante. Ayant gagné le large, je pousse la manette des gaz, libérant les 350 ch du V8 (plutôt du genre pur-sang que bête de trait) dont l'ébouriffante poussée déclenche un déjaugeage "flash" (2,6 secondes !) suivi d'une impressionnante accélération. Premier bon point pour cette phase : le 750 Wide décolle sans cabrer, ni manifester la moindre tendance à tirer à droite - ce qui ne serait pas surprenant avec un seul moteur doté d’un tel couple - bien servi par une direction hydraulique efficace (5 tours de butée à butée). Malgré cette démultiplication importante, le pilotage est précis, notamment grâce à la stabilité sans faille et à la réactivité de la carène, qui répond à la moindre sollicitation du pilote et s'inscrit parfaitement dans les trajectoires recherchées. Voilà qui balaie les préventions que j'avais sur le comportement d'une coque aussi large. Il est vrai que celle-ci, affiche tout de même un V profond et que, dès que la vitesse de croisière est atteinte, le flotteur, assez haut, est largement dégagé de l'eau, évitant ainsi les coups de raquette sur le gros clapot qui agite la rade d'Hyères. Stable en ligne droite, très accrocheur en virages (même en resserrant le rayon sans ménagement), réactif au trim, le Wide est à la fois sportif et facile à prendre en main. Mis en confiance, j'enchaîne les runs en cherchant les limites de l'engin. Résultat : 53 nœuds au GPS, sur un clapot d'environ 60 cm ; bravo ! Notes d'essai sur les hautes vitesses : premièrement, la vitesse de pointe semble plus limitée par la résistance aérodynamique (arceau + bateau extra-large) que par les possibilités de la coque elle-même (on serait curieux de voir ce qu'elle donnerait sans arceau…). Deuxièmement, à la vitesse maxi avec du trim, on décèle une perte de stabilité amorcée par un léger dandinement, dont on a l'impression qu'il est dû à la portance aérodynamique de l'arceau (à plus de 50 nœuds, il devient une aile).

Ces observations n'entachent en rien un bilan dynamique exceptionnel. Sans réserve, le 750 Wide est un super-canot ! Ajoutons qu'aucun embrun n'est venu humidifier le cockpit malgré un vent assez fort lors de l'essai, et que la vitesse de croisière (25-30 nœuds) dispense un confort remarquable. Penchons-nous maintenant sur le style et les aménagements. Ici, tout est fait pour séduire, avec une finition impeccable en tout point, du flotteur ivoire souligné de gris-perle au gel-coat immaculé, en passant par le luxe de nombreux détails : plates-formes de bain en teck, selleries à coutures "sellier", valves de flotteur en inox, siglées Joker Boat… La conception du cockpit, plus proche du cabriolet de luxe que de la berline familiale, affiche sa préférence pour la balade en petit comité, quatre à six personnes au plus. La priorité est ainsi donnée au bain de soleil géant qui ne ménage ni espace au sol ni place assise devant la console. En revanche, la grande banquette arrière incurvée, accueille quatre à cinq passagers, et le siège de pilotage, avec assise relevable en appui lombaire, est assez large pour deux (la position centrale du volant obligeant alors le pilote à se décaler). Points forts de ce cockpit : son immense bain de soleil, ses rangements vastes et nombreux, ses larges passavants qui rendent la circulation très facile. Le design élitiste et les bonnes idées, à l'exemple de l'emplacement pour mini-cuisine sous la banquette de pilotage ne font toutefois pas oublier certaines insuffisances : pas d'essuie-glace sur le grand pare-brise, manque de mains courantes et de poignées de maintien, table escamotable trop petite. Terminons par la construction, globalement irréprochable, qu'il s'agisse du flotteur en CR/CSM à six compartiments ou du polyester, avec une finition superbe et des renforts structurels tout à fait rassurants. .



photo Joker Boat Wide 750


photo Joker Boat Wide 750


photo Joker Boat Wide 750





CONCLUSION
Séducteur et élitiste, le 750 Wide atteint son objectif, avec un programme de balade rapide en comité restreint, dans une ambiance raffinée. Sa construction très soignée, son design de toute beauté et les performances rares qu'il délivre sans exiger de prouesses de pilotage sont ses points forts. Du coup on lui pardonne, comme à une belle italienne, quelques erreurs de détail auxquelles il serait facile de remédier. Mais Nautica Aiello, chantier sérieux, saura sans doute faire le nécessaire. finition superbe et des renforts structurels tout à fait rassurants.




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