Essai Kardis K6 Bahia

Cabriolet nautique

Le jeune chantier italien fait feu de tout bois, même d'un concept né chez les rigides pour l'appliquer au semi-rigide. À cet égard, le K6 fait sensation avec sa configuration qui emprunte en partie au concept "bowrider" ! Derrière le grand pare-brise enveloppant, l'équipage pourrait se croire dans un roadster automobile, sauf qu'ici, la "route" est liquide. Dépaysant !

Texte et photos Philippe Leblond


 31 000 € sans moteur (tarif 2011)
 6.77 m
 10
 30.9 nds avec Yamaha 150 ch 4T
Banniere_axa

Orca-logo_rvb

Paru dans le Pneumag n° 82 Mars/Avril 2011



En l'espace de seulement deux ans, le chantier milanais fondé par des anciens de chez Sacs s'est déjà fait une place envieuse sur le marché ultra concurrentiel du semi-rigide haut de gamme, en lançant pas moins de 12 modèles. Et ce développement express ne s'est pas fait en plagiant les autres, Kardis n'hésitant pas à se lancer dans des interprétations très personnelles. Le K7 Eros (voir l'essai dans Pneu Mag n°79), avec sa console articulée et son leaning-post sur amortisseurs, avait déjà innové. Son petit frère, le K6 Bahia, dans un style très différent, apporte aussi sa touche de créativité. C'est le premier semi-rigide à appliquer au semi-rigide le concept "bowrider" chers aux Américains qui l'ont popularisé depuis 25 ans en "dépontant" leurs dinghies et leurs runabouts, pour offrir une banquette supplémentaire en avant du poste de pilotage, accessible via un passage central grâce au pare-brise ouvrant. Certes, le K6 ne reprend que partiellement ce concept, puisque le pont avant est destiné à un solarium en lieu et place d'une banquette en V, mais la silhouette, avec ce pare-brise super enveloppant et bas, s'en inspire indiscutablement.
Commençons notre tour du propriétaire. Première remarque, le plan de pont du Bahia exploite à merveille trois atouts essentiels au confort dans l'optique d'une utilisation promenade-farniente. Primo : une surface de bain de soleil importante (deux solariums), utilisable également pour les repas à bord, avec deux carrés pouvant offrir au bas mot six à huit places autour des deux tables. Secundo : une capacité de rangement optimale, avec plusieurs coffres de formes différentes, tant à l'avant qu'à l'arrière, ainsi que dans les deux petites consoles du poste de pilotage (boîtes à gants). Tercio : une facilité de circulation évidente grâce à un passage central de 57 cm de large (!) pour se rendre facilement aux petites plates-formes de bain en teck, ou jusqu'à la delphinière pour surveiller la manœuvre de mouillage, réalisable à partir du tableau de bord grâce au guindeau électrique (ancre à poste sur davier basculant), ou frapper une amarre de pointe sur l'un des deux robustes taquets inox. Attention toutefois, lors des embarquements ou débarquements par l'avant, le polyester de la delphinière n'est pas anti-dérapant !
En entrant plus dans le détail, on constate que les plates-formes sont boulonnées sur le tableau arrière, celle de bâbord laissant l'échelle de bain apparente. Ce n'est pas mal pratique, mais moins élégant qu'une échelle intégrée. On note avec plaisir la présence de poignées inox permettant de se tenir pour prendre sa douche. La banquette en U offre de nombreuses places assises autour de la table de pique-nique, auxquelles s'ajoutent les sièges avant pivotants. Par contre, en navigation, nous ne sommes pas fans de ces sièges sur colonne, surtout lorsqu'ils ne possèdent pas, comme ici, d'assise relevable. Qu'on se le dise, sur le K6 il est quasiment impossible de piloter debout ! Mais, ce type de sièges est, il est vrai, dicté par le concept du bateau. Avec cette ligne, difficile d'imaginer un leaning-post ! Autre point négatif, l'exiguïté du tableau de bord. Large passage central oblige, le poste de pilotage s'en trouve quelque peu "sacrifié". Les cadrans multifonction Yamaha trouvent facilement leur place, mais il n'y a pas d'espace pour le montage d'un GPS ou d'un sondeur. Pour ce qui est du lecteur CD-FM, il trouve place face au copilote. Le jour de notre essai, le portillon qui ferme le passage central n'était pas monté. Pas d'obstacle, donc, pour se rendre sur le solarium avant dont la rallonge sert de table, et se glisse dans un logement dédié. Reste la delphinière, qui intègre le puits de mouillage et supporte le guindeau électrique. On notera que le flotteur en tissu Orca, dans le cas du Bahia est recouvert sur la moitié de sa longueur par les hiloires du cockpit, qui pour le coup mérite bien son nom.
Votre œil averti n'aura pas manqué de noter la vitesse maxi anormalement basse pour un semi-rigide propulsé par un 150 ch : 30,9 nds… En gros, il manque 10 nœuds. Cela vous semblera moins alarmant lorsque vous saurez que, pour des raisons de sécurité, le levier de gaz de ce semi-rigide mis à la location a vu sa course raccourcie afin de ne pas prendre plus de 5 000 tr/min. Les 500 à 1 000 tr/min manquants ajoutés à une carène sale, voilà l'explication à cette piteuse vitesse de pointe. Ce manque de vélocité a d'ailleurs quelque peu pénalisé notre essai et dénaturé en partie les sensations que l'on peut éprouver à la barre du K6. Toutefois, nous avons pu apprécier sa promptitude à déjauger aidée par un cabrage modéré, sa belle accélération (5,2 secondes de 0 à 20 nds !), et son assiette rassurante, flotteurs bien à plat sur l'eau, mais relativement indifférente à l'action du trim. Ce semi-rigide, lourd et stable, donne l'impression de se faufiler dans les vagues, sans coups de raquette, et en souplesse, même dans près d'un mètre de creux. La carène est loin d'être volage, restant bien au contact de la mer, au profit d'une tenue de cap rigoureuse, mais gommant les sensations de vitesse et de pilotage. Par ailleurs, en virage serré, où il passe à plat, le K6 déclanche assez facilement la ventilation de l'hélice, surtout lorsqu'on raccourcit le rayon de giration. Au final, ce bateau mériterait d'être revu en pleine possession de ses moyens, car on ne l'a sans doute pas vu sous son meilleur jour.



photo Kardis K6 Bahia


photo Kardis K6 Bahia


photo Kardis K6 Bahia


photo Kardis K6 Bahia





CONCLUSION
Le K6 Bahia ne laisse pas indifférent. Sa silhouette atypique, évocatrice de l'univers de la voiture de sport, n'en demeure pas moins élégante et séduisante. Ce bateau va faire tourner les têtes, d'autant que sa finition est soignée ! Par ailleurs, il constitue un excellent choix pour naviguer sur le Bassin d'Arcachon, où il bat pavillon, ou sur d'autres plans d'eau relativement abrités, ne nécessitant pas de piloter debout. Il devrait aussi faire un bon bateau pour le ski ou le wake-board. Mais, sa convivialité au mouillage reste son atout maître.




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