Essai Marlin 26’ EFB

Ambiance limousine

Le chantier italien poursuit imperturbablement sa route dans l'univers du semi-rigide, avec une production à l'esthétique personnelle et un savoir-faire haut de gamme. Ce 26-pieds à propulsion in-board en est la preuve indéniable, avec son plan de pont bien balancé prônant confort et convivialité, et ses aptitudes dynamiques.

Texte et photos Philippe Leblond


 108 288 € avec 260 ch
 9.46 m
 16
 38,0 nds avec Mercruiser 320 ch (essence)
Banniere_axa

Orca-logo_rvb

Paru dans le Pneumag n° 88 Mars/Avril 2012



Lorsqu'on se trouve en présence d'un Marlin, quel que soit le modèle de cette gamme qui s'étend de 5,50 m à 11,60 m, son flotteur à "teugue" le distingue immanquablement de tout autre, même si récemment les Sea Hawk et les N-Zo de Zodiac ont eux aussi adopté ce décrochement qui fait monter le tube vers l'étrave. A l'image du poisson le plus convoité par les pêcheurs au gros, les Marlin possèdent également une manière de rostre sous la forme d'une delphinière prolongeant en pointe la jonction des deux flotteurs. Voilà pour l'identité forte des bateaux de ce constructeur italien qui en a confié la distribution à Calypso Marine, installée à Nice. C'est d'ailleurs en face à Marina Baie des Anges que nous avons pu tester cette superbe unité dans sa version in-board, sachant qu'elle existe aussi en hors-bord mono ou bimoteur.
Le 26 EFB n'est pas une nouveauté. Il a déjà brillé sous les projecteurs du Salon de Gênes, où le chantier lombard expose depuis de nombreuses années. Il n'en reste pas moins qu'il produit son petit effet, à la fois par son gabarit généreux (presque 10 mètres avec son imposante plage de bain !) et la qualité perçue qui émane de son design et de ses finitions. Difficile de savoir par où commencer l'inspection, tant son plan de pont est riche d'une conception générale sophistiquée et de détails multiples. Ce qui frappe en second lieu, c'est le "confort embarqué", à savoir les nombreuses places assises offertes par ses sièges (au moins huit), et la capacité de rangement offerte par les nombreux coffres que réserve son pont contremoulé, en dépit de la présence du V8 Mercruiser dans la cale arrière (elle peut accueillir une couchette double en version hors-bord). Il y a aussi les deux immenses solariums, celui de la poupe se transformant en un carré pour le moins convivial. Sans oublier l'aménagement possible de la console en salle d'eau, ou le bloc-cuisine proposé avec un leaning-post différent, ces deux modules étant des options absentes sur notre bateau d'essai.
Cet aménagement de cockpit très développé dans l'optique du grand tourisme (longues sorties en mer avec un équipage nombreux dans un confort optimal) fait du 26 EFB une luxueuse "limousine des mers". Le plancher en teck massif (option) joue un rôle important dans la qualité de l'accueil à bord, de même que la sellerie "beurre frais", parfaitement ajustée et ornée d'un discret passepoil bleu marine en harmonie avec la bande de ragage des flotteurs. Il y a aussi cette facilité à se mouvoir sur le pont, grâce à des espaces de circulation bien définis : larges passavants, marches pieds à l'avant comme à l'arrière pour faciliter l'accès sur les solariums et l'astuce qui consiste à opter pour deux supports d'antennes (et de feux de navigation) indépendants, ne barrant pas le passage comme le ferait un arceau traditionnel ou un roll-bar. Bien vu !
Après cette tournée d'inspection en règle, prenons la barre de ce grand day-boat. Pour remarquer d'abord la bonne ergonomie du poste de pilotage. Assis, on apprécie la présence du cale-pied recouvert de teck et, debout, la demie-assise relevable permettant de prendre de bons appuis au sol. Bravo aussi pour le petit pupitre central, en avancée, qui met le boîtier de commandes DTS à la distance idéale. Le pare-brise (percée de deux prises remplaçant la traditionnelle main courante) protège efficacement pilote et copilote, de même que les instruments dont on note la lecture aisée. Devant le volant, un grand espace libre sera dévolu à un combiné GPS/sondeur non encore installée. Par contre, on note à regret, l'absence de compas. Au ralenti, le gros V8 Mercruiser ronronne discrètement. La sortie du port se fait sans encombre en opérant de petites corrections de barre, du fait de la tendance à louvoyer typique aux bateaux en mono stern-drive. Une fois à distance réglementaire, la franche poussée que j'applique sur la commande de gaz ne donne pas tout à fait l'effet escompté. Malgré les 320 chevaux, la phase de déjaugeage s'échelonne sur plus de six secondes… et l'on s'étonne, sur une unité avec cette longueur à la flottaison, d'un cabré assez marqué suivi d'une reprise d'assiette en trois temps. Mais, toutefois la vitesse augmente relativement rapidement, puisque trois dixièmes de seconde plus tard, les 20 nds sont franchis. Les 6 200 cm3 sont un peu à la peine, mais il est vrai que le Marlin est lourd, sans doute plus qu'indiqué sur la fiche technique. Notre meilleure marque au régime maxi plafonnera à 38 nœuds. Deux remarques : d'abord, cette vitesse est en deçà des standards habituels pour une unité de ce prestige (40 nœuds sont le minimum exigé !), ensuite il convient de noter qu'avec 4 750 tr/min, trimés au maxi et peu chargés, nous ne sommes même pas entrés dans la fourchette de régime préconisée par Mercruiser (4 800-5 300 tr/min). La carène du bateau était propre et vierge d'antifouling, il faudra sûrement imputer les 300 ou 400 tours manquants à l'hélice dont le choix mériterait d'être reconsidéré.
Dommage car la carène du 26 EFB semble pouvoir s'exprimer avec sérénité à des vitesses nettement plus élevées. Sans pour autant opter pour la puissance maxi, le Marlin 26 mériterait à tout le moins, le Mercruiser 8.2 Mag Big Block Bravo 1, développant 380 ch, certes plus lourd de 62 kg mais nettement plus coupleux (2 000 cm3 de plus), mais hélas pas encore proposé par le chantier dont la seconde proposition repose sur le 430 ch, soit la monte maxi. Maniable, avec son embase Bravo 1, le Marlin enchaîne avec aisance toutes sortes de virages, même les plus serrés, sans déclancher la ventilation de l'hélice. Quant à son passage dans la mer formée, difficile de porter un jugement définitif vu la "pétole" qui présidait à notre essai… Toutefois, nous sommes allés chercher le sillage d'un yacht pour nous faire une idée. Et là, le 26 EFB nous a épatés, sautant les vagues creuses avec un équilibre parfait et des reprises de contact en souplesse, que ce soit de face ou en oblique. Ces franchissements répétés ont mis en évidence une tenue de cap et une rigidité structurelle sans faille, ainsi qu'un amorti digne des suspensions d'une Rolls.



photo Marlin 26’ EFB


photo Marlin 26’ EFB


photo Marlin 26’ EFB


photo Marlin 26’ EFB





CONCLUSION
En parlant de Rolls, le Marlin 26 EFB en est un peu son équivalent nautique, tant par l'art de vivre à bord qu'il est capable de cultiver, que par le confort que laisse entrevoir sa carène prometteuse (à revoir en mer formée). Son équipement standard haut de gamme en fait déjà un semi-rigide très désirable, et pour peu qu'on ait les moyens d'y ajouter les quelques belles options proposées, on se trouve à bord d'une unité qui pourrait faire référence sur ce segment.




6
3
4
5
2