Dimensions hors-normes, construction full carbone et ADN Offshore assumé. Avec l’Anvera 58, les semi-rigides changent clairement d’échelle. Capable de dépasser les 50 nœuds, il conjugue vitesse de pointe et tenue de mer avec une allure toute italienne.
Texte Nicolas Massines - Photos Nicolas Massines et DR
| Longueur | 17,5 m |
| Largeur | 5,12 m |
| Diam. maxi des flotteurs | 80 cm |
| Nbre de compartiments | 6 |
| Puissance maxi | 2 x 1000 ch |
| Puissance conseillée par Pneumag | 2 x 850 ch |
| Poids sans moteur | 13500 kg |
| Rapport poids/puissance | 7,9 kg/ch (avec le moteur de l’essai) |
| Nombre de personnes | 16 |
| Couchage | 4 |
| Charge utile | 0 kg |
| Matériau flotteurs | ORCA |
| Capacité carburant | 1600 l |
| Catégorie CE | B |
| Constructeur | Anvera (Cattolica – Italie) |
| Importateur | SuperTenders Monaco (Monaco) |
| Droits annuels sur la coque | 886 € |
| Droits annuels sur le(s) moteur(s) | 10880 € |
Au ponton
Face à l’Anvera 58, on pressent se trouver devant quelque chose d’exceptionnel, sans même avoir posé un pied sur le bateau. Les pavois sont dépliés : 23 m² d’espace de détente sur un semi-rigide, oui, ça fait de l’effet ; la ligne est tendue pour ne pas dire étendue sur 17,5 mètres et les deux rangées d’assises façon offshore et le hard-top en carbone ne sont pas là que pour faire joli pendant le Cannes Yachting Festival. Que ce soient les équipes à terre, l’équipage ou le profil des clients en prospection, on retrouve tous les codes du yachting de haut niveau, appliqués à - ne l’oublions pas - un semi-rigide propulsé par…1 700 chevaux !
Il faut dire que le chantier, situé à Rimini, sur la côte Adriatique italienne, n’en est pas à son premier coup d’essai. Si l´histoire d’Anvera débute en 2014, la société LG Srl se spécialise dès 1991 dans l’offshore et produit son premier bateau « full carbone » la même année. Le chantier a été créé par Gilberto Grassi, Giancarlo Galeone et Luca Ferrari, ancien champion du monde Class 1 Offshore et ancien de chez Ferretti. De quoi poser les bases de bateaux construits avec la performance en ligne de mire. La gamme comprend six unités, de l’Anvera 42 à l’Anvera 200 (19,97 m). L’unité de cet essai est montée avec une double motorisation inboard MAN I6 850. Un six cylindres en ligne diesel très prisé des unités rapides. Ces deux gros blocs moteurs sont dissimulés sous le grand solarium arrière pour trois personnes, situé juste après le très beau tableau arrière qui sert de plateforme de bain, entièrement latté de teck et très épuré, muni d’une belle échelle télescopique – Méditerranée, quand tu nous tiens. Ce grand espace de poupe peut-être facilement ombragé via le déploiement d’une toile soutenue par quatre fins poteaux en carbone. Une table et sa banquette pour six personnes, en carbone elle aussi bien entendu, est placée entre le solarium et la console. La table est située à l’aplomb d’un hard-top très profilé, même dans sa partie inférieure. C’est une pièce centrale de l’Anvera 58 qui reflète la recherche aérodynamique et esthétique que l’on retrouve sur toute l’unité. Une double rangée de trois assises Ullman, à suspension et à maintien enveloppant, accueille les passagers et le barreur lors des navigations rapides. Au niveau de la console, les passavants, situés une marche plus haut que le pont arrière, sont dotés de taquets rétractables pour les gardes, afin de fluidifier au maximum la circulation. La pointe est elle aussi munie d’un solarium, double cette fois, solidement encadré par les supports du hard-top servant de mains courantes et se prolongeant très en avant. Ce détail de sécurité, trop souvent oublié des constructeurs, séduit et indique le sérieux et l’expérience d’un chantier. On cite également la zone dédiée au mouillage, parfaitement intégrée dans la structure : les amarres passent au milieu d’un espace situé tout à l’avant et sont frappées à l’intérieur du bateau. Là aussi, la sécurité est prise au sérieux sans délaisser la praticité et l’esthétisme. Sous le pont, nous trouvons un intérieur sobre mais pas dénué de chaleur, à l’image de la moquette, du grand lit, des vaigrages doux, de la lumière naturelle et d’une salle d’eau dotée d’un éclairage et d’une ventilation efficaces. N’oublions pas la midcabin avec ses deux lits simples pour un couple d’invités, des enfants ou pour les membres d’équipage.
En mer
Avant la mise en route des moteurs, il faut se mettre face à cette très belle console centrale d’un noir puissant. Le volant à trois branches full carbone est siglé Anvera, mais malheureusement il n’est pas réglable. L’instrumentation Garmin, sans être d’une taille envahissante, est bien disposée, et les manettes de gaz sont assez séparées de la barre pour permettre de manœuvrer sans être gêné. On apprécie le repose-pieds moulé dans la structure. Vide-poches, porte-gobelets, compas dans l’axe…. Tout respire les navigations longues et engagées. L’assise de type offshore offre une sensation rassurante avec un maintien latéral renforcé et permet de passer en position debout de manière fluide. Ça y est, les 2 x 850 chevaux MAN sont mis en route. Le son est somme toute assez discret. Les amarres sont larguées, cap sur le large après avoir usé de la caméra arrière, du propulseur d’étrave et du système de rigging Aventics pour se dégager des bateaux voisins. C’est un semi-rigide large (5,12 m) et long (17,50 m) mais étonnamment, à la barre, cela semble moindre vu sa facilité de manœuvres. Pour les motards, c’est un peu à la manière d’un gros Trail qui peut sembler imposant, mais une fois dessus vous êtes sur une assise de moto d’enduro. Visibilité excellente, petit vent de 7 nœuds et houle croisée de 50 centimètres. Sept personnes à bord, un réservoir à moitié plein et le plein d’eau, soit environ 400 litres. Tout le monde est installé de manière sécurisée avant de prendre de l’erre. Les nœuds augmentent progressivement avec une poussée très coupleuse à bas régime. La proue se lève mais sans obstruer l’horizon. Vingt secondes pour déjauger, 18 pour passer de 0 à 20 nœuds : une performance appréciable vu que l’Anvera 58 affiche un poids à vide contenu de 13,5 t. Merci l’utilisation intensive du carbone. Très bien calé dans le siège, le bateau se montre extrêmement prévisible à la barre, ce qui permet d’enchaîner des courbes assez serrées en toute confiance. L’étrave ne saute pas sur les vagues mais passe au travers d’elles, en absorbant considérablement les chocs. L’angle de gîte est peu marqué, dû entre autres à la largeur prononcée des flotteurs. Le hard-top déflecte parfaitement l’air sans décoiffer les passagers et le bateau reste sec, les embruns étant déportés loin du cockpit. Les sensations se font clairement sportives au fur et à mesure que la vitesse augmente, mais toujours avec cette précision et cette sérénité à la barre. Une sensation feutrée d’amortissement et une absence quasi totale de vibrations. Même constat en effectuant des virages longs à 30/35 nœuds. Le pilotage en devient presque instinctif après seulement quelques milles. On place l’étrave avec le regard, laissant le reste suivre. Côté motorisation, les 2 x i6 850 MAN assurent une poussée parfaitement linéaire et une consommation étonnamment basse. Ils reprennent la technologie offshore de l’injection common rail qui permet de maintenir des allures soutenues sur de longues périodes. À 32 nœuds, le rendement est à peine de 5 litres par mille et de 6 litres à 43 nœuds. L’autonomie, facilitée par le poids gagné via le carbone, et la fiabilité de la motorisation diesel sont deux grands atouts de l’Anvera 58.
Pour Marco Rossetti, l’un des dirigeants du chantier Anvera, l’aspect offshore est primordial : « Ce feeling est très important pour nous, c’est une part de notre héritage, nous voulions créer quelque chose de spécial, d’unique. De la performance, de la vitesse, des sensations, de la stabilité transmise par les flotteurs et une facilité d’usage pour les propriétaires. L’aérodynamisme est aussi très important, tout comme la résistance et la légèreté qu’offre le carbone, et donc une consommation réduite et une autonomie accrue. »
Avec les relevés pris lors de l’essai, celle-ci est vérifiée puisqu’elle s’élève à 255 milles à 32 nœuds. De quoi envisager facilement une utilisation comme chase boat ou navire d’appui à un superyacht.
Avec peu de monde sur le plan d’eau, on s’amuse à pousser l’Anvera 58 dans ses retranchements qui sont relevés à plus de cinquante nœuds, 50,5 pour être précis, avec un réglage du trim automatique très effectif. Manuellement, la marque étant peu ou prou similaire. Le plaisir distillé se reflète sur le visage du barreur mais aussi sur celui de tous les passagers à bord qui profitent d’une expérience hors-norme.
Alors oui, l’Anvera 58 est un semi-rigide d’exception. Son prix bien sûr, sa construction en carbone, son héritage offshore, sa navigabilité de haut vol et ses performances aussi honorables que maîtrisées. Le confort à bord et l’exclusivité des matériaux complètent un tableau vraiment très réussi.
La cabine principale et la salle de bain attenante permettent de passer plusieurs nuits à bord dans un cadre aussi exclusif que le reste du bateau
Le petit escalier menant à l’intérieur est lui aussi en carbone. En arrière, se trouve la mid-cabin équipée de deux lits simples.
Une fois les pavois dépliés, la vue est panoramique, de quoi profiter calmement bien installé à l’ombre du hard-top.
23 m² d’espace ouvert laissent une surface utile considérable dédiée à la détente, à l’image de ce superbe bain de soleil.
Observez la qualité et l’ergonomie de la console. Le volant en carbone distille une sportivité loin d’être usurpée.
Les assises Ullman sont typiques du monde offshore. Soutien, réglages, suspen-sions… de quoi affronter les mers les plus difficiles à grande vitesse.
Le prolongement du hard-top enveloppe tout le bain de soleil avant et confère un surplus de sécurité dans les déplacements.
Le passage des amarres dans les flotteurs permet d’éviter les ragages et de sim-plifier les manœuvres.
Le travail réalisé sur le hard-top concerne aussi bien l’aérodynamisme extérieur qu’intérieur. Une pièce très réussie de l’Anvera 58.
Qualité de réalisation
Comportement
Performances
Equipement
Adéquation programme
Rapport qualite/prix
| Vitesse maxi | 50,5 nds à 2 200 tr/min |
| Vitesse de croisière rapide | 43 nds à 2 000 tr/min |
| Vitesse de croisière economique | 32 nds à 1 700 tr/min |
| Temps de jaugeage | 20 secondes |
| Accélération de 0 a 20 nds | 18 secondes |
| Vitesse minimale d’hydroplanage | 17 nds |
| Consommation en usage courant (estimation) | 80 l/h- 32 nds |
| Autonomie en usage courant (estimation) | 255 milles -16h (avec marge de 20%) |
| Hélice de l'essai | Mibral 30 x 48.75 |